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Aux HCL, les cellules NK ouvrent une piste contre le rejet de greffe

À Lyon, Alice Koenig étudie le rôle des cellules NK dans le rejet chronique des greffons, avec l’objectif de mieux repérer les patients à risque.

Cellules NK et greffe à Lyon

À l’hôpital Édouard-Herriot, Alice Koenig travaille sur un problème qui peut surgir après la réussite d’une greffe : pourquoi un greffon finit-il parfois par s’abîmer lentement, malgré les traitements destinés à calmer le système immunitaire ?

À Lyon, une partie de la réponse se cherche du côté des lymphocytes NK, pour natural killer. Ces cellules de l’immunité innée servent d’ordinaire à éliminer des cellules infectées ou cancéreuses. En transplantation, elles peuvent aussi se retourner contre les petits vaisseaux du greffon lorsque l’organe transplanté ne présente pas les bons signaux HLA, ceux qui permettent au système immunitaire du receveur de reconnaître le “soi”.

Le sujet n’est pas théorique pour les HCL. Le service de transplantation, néphrologie et immunologie clinique d’Édouard-Herriot suit les patients depuis le premier jour de la greffe et pendant toute la durée de vie du greffon. Il réalise environ 200 transplantations rénales par an, auxquelles s’ajoutent 25 à 30 transplantations pancréatiques. Dans ce service, la greffe n’est donc pas seulement une opération : c’est une surveillance longue, parfois traversée par la dialyse, le risque infectieux, les cancers favorisés par l’immunosuppression et le rejet chronique.

Le travail auquel Alice Koenig a contribué a changé une partie du regard. Dans une étude publiée en 2019 dans Nature Communications, l’équipe lyonnaise a montré, à partir notamment de biopsies de greffons rénaux et de modèles expérimentaux, que l’inflammation de la microcirculation ne dépendait pas toujours des anticorps anti-greffon. Dans une partie des cas, les cellules NK semblent jouer un rôle direct. Les HCL résumaient en 2022 cette bascule ainsi : dans la moitié des cas étudiés, les cellules NK, et non les anticorps, étaient impliquées dans cette inflammation vasculaire.

L’innovation utile consiste à rendre un rejet lent plus lisible. Les traitements immunosuppresseurs utilisés après greffe ciblent surtout les lymphocytes T. Alice Koenig souligne, dans le portrait publié par les HCL en mai 2026, qu’ils sont peu efficaces contre les cellules NK. Son travail vise donc à développer des biomarqueurs non invasifs pour repérer plus tôt les patients à risque de rejet médié par les NK, puis à imaginer des traitements plus ciblés.

Cette piste s’est structurée avec le projet ANR ROCKI, coordonné par Alice Koenig au Centre international de recherche en infectiologie, à Gerland. Financé à hauteur de 465 599 euros et lancé en octobre 2021 pour 48 mois, il étudie la voie IRE1a-XBP1 dans l’activation des cellules NK lors du rejet vasculaire chronique. L’idée est précise : mesurer certains signaux dans les cellules NK circulantes pourrait aider au diagnostic ou à la stratification du risque, tandis que l’inhibition de cette voie pourrait devenir une piste thérapeutique.

Pour l’instant, le travail reste à ce stade : une recherche translationnelle, appuyée sur des observations chez les patients, des modèles expérimentaux et un objectif clinique identifié. Aucun résultat clinique de routine n’est encore annoncé publiquement pour ces biomarqueurs.

La France a réalisé 6 148 greffes d’organes en 2025, un record, mais 23 294 patients restaient inscrits sur la liste nationale d’attente au 1er janvier 2026. Préserver plus longtemps les greffons déjà transplantés compte donc autant que greffer davantage. À Lyon, ce travail se joue aussi dans les biopsies, les cellules NK et la capacité d’Édouard-Herriot à transformer une complication observée au lit du patient en question de laboratoire.

Sources consultées
  1. Recherche en santé HCLAlice Koenig, néphrologue et immunologiste, en première ligne des nouvelles thérapies
  2. Hospices Civils de LyonService de transplantation, néphrologie et immunologie clinique, hôpital Edouard Herriot
  3. Nature CommunicationsMissing self triggers NK cell-mediated chronic vascular rejection of solid organ transplants
  4. ANRRôle de l’activation de la voie IRE1a-XBP1 dans les cellules Natural Killer au cours du rejet vasculaire chronique après transplantation d’organes
  5. Agence de la biomédecine6 148 greffes d’organes en 2025 : un record historique pour la France