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À Arnas, la carrière du Pré de Joux rappelle d’où vient le béton du Rhône

L’extension de la carrière du Pré de Joux montre comment le Rhône arbitre entre matériaux, transport fluvial, milieux naturels et pression sur les gravières alluviales.

Illustration d’une carrière alluviale

À Arnas, la Communauté d’agglomération Villefranche Beaujolais Saône ouvre jusqu’au 10 juillet une concertation sur l’extension de la carrière du Pré de Joux, exploitée par Granulats Vicat. Le dossier concerne une déclaration de projet qui doit rendre le PLUi-H compatible avec l’extension du site, aujourd’hui incompatible avec le classement d’une partie du secteur en zone naturelle.

Le sujet paraît technique. Il l’est. Mais il touche à une réalité très simple: avant les routes, les bâtiments, les réseaux et les chantiers du Rhône, il y a des granulats quelque part. Ici, ce “quelque part” se trouve en rive droite de la Saône, au lieu-dit Ave Maria, dans une plaine où l’on extrait des sables et graviers alluvionnaires depuis 1985.

L’échelle est sérieuse. La carrière actuelle couvre environ 140 hectares et son autorisation court jusqu’au 31 décembre 2030, avec un plafond d’un million de tonnes par an. L’extension demandée porte sur 24,5 hectares, dont 19,9 hectares seraient réellement extraits après mesures d’évitement et de réduction. Le gisement exploitable est évalué à 1,2 million de mètres cubes, au rythme moyen de 750 000 tonnes par an, sans prolonger l’échéance de 2030.

L’argument de l’agglomération tient en deux mots: proximité et flux. La carrière d’Arnas est l’un des deux sites d’extraction alluviale du territoire, avec Limas. Elle emploie environ 50 personnes et alimente par voie fluviale des entreprises du bâtiment dans la vallée de la Saône. Le dossier met en avant un besoin départemental constant, entre 6 et 7 millions de tonnes de granulats par an dans le Rhône, concentré autour des zones urbaines de Lyon et Villefranche-sur-Saône. Les matériaux extraits sont acheminés vers des installations de traitement à Jassans-Riottier, Saint-Germain-au-Mont-d’Or et Belleville-en-Beaujolais.

Cette logique a une force: transporter des matériaux pondéreux depuis une carrière proche, avec des barges sur la Saône, évite une partie des camions et des distances. Elle a aussi une limite: le gisement se trouve dans un morceau sensible du Val de Saône, entre espaces agricoles, zones humides, milieux alluviaux, autoroute A6 et rivière. L’Autorité environnementale a relevé des enjeux sur l’artificialisation des sols, les émissions de gaz à effet de serre, l’eau, les espèces protégées, les poussières et le bruit.

Le dossier évite le faux choix entre carrière utile et carrière nuisible. L’arbitrage que le PLUi-H rend visible est plus concret. Pour extraire, il faut élargir le secteur Nc, dédié aux matériaux, créer une orientation d’aménagement spécifique, déplacer la voie communale 205 et encadrer la remise en état du site. L’urbanisme ne dessine pas seulement des logements ou des zones d’activité. Il décide aussi où le territoire accepte de creuser pour continuer à construire.

L’Autorité environnementale a d’ailleurs demandé que le dossier aille plus loin sur deux points sensibles: les solutions de substitution, y compris la non-extension, et la place du recyclage des déchets de chantier dans la réduction du recours aux matériaux extraits des gravières. Arnas concentre ainsi un choix français très concret: extraire près des besoins, avec moins de transport routier, ou réduire plus vite la pression sur les alluvions en poussant davantage le recyclage et d’autres ressources.

Les habitants peuvent consulter le dossier et déposer une observation sur le formulaire ouvert par l’agglomération. Une réunion publique est aussi prévue le 11 juin à la mairie d’Arnas. La concertation ne ferme pas le dossier: elle précède encore une enquête publique. Mais c’est maintenant que le débat se fixe sur les bons objets, ceux d’Ave Maria, de la Saône, des barges, des zones humides et des granulats destinés aux chantiers du Rhône.

Sources consultées
  1. Communauté d’agglomération Villefranche Beaujolais SaôneExtension de la carrière du « Pré de Joux » à Arnas
  2. Communauté d’agglomération Villefranche Beaujolais SaôneDossier de concertation, déclaration de projet pour l’extension de la carrière au lieudit « Pré de Joux » à Arnas portant mise en compatibilité du PLUi-H
  3. Mission régionale d’autorité environnementale Auvergne-Rhône-AlpesAvis délibéré du 7 mai 2024 sur la mise en compatibilité du PLUH de la Communauté d’agglomération Villefranche Beaujolais Saône dans le cadre d’une déclaration de projet concernant l’extension d’une carrière sur la commune d’Arnas