Au bord des autoroutes, les écrans antibruit font partie du décor. On les regarde peu, mais ils condensent un vrai problème d’ingénierie : il faut arrêter le son, résister dehors, durer longtemps, et le faire avec des matériaux dont le bilan carbone devient de plus en plus difficile à ignorer.
À l’INSA Lyon, Laura Panichi travaille précisément sur cette zone peu visible des infrastructures. Distinguée lors de la cérémonie 2026 de la recherche de l’école, la doctorante explore une piste concrète : remplacer une partie des matériaux minéraux classiques des écrans acoustiques par une mousse à base de terre et de chanvre.
L’idée a l’air presque rustique. Elle ne l’est pas. Un écran acoustique ne peut pas se contenter d’être “vert”. Pour absorber le bruit, le matériau doit être poreux : les ondes sonores doivent entrer, se perdre dans la structure, perdre de l’énergie. Mais plus un matériau est poreux, plus il risque de devenir fragile. Toute la difficulté est là : fabriquer une mousse assez ouverte pour piéger le son, assez stable pour tenir, et assez maîtrisable pour envisager un jour un usage hors du laboratoire.
Le travail de Laura Panichi s’inscrit dans une thèse menée avec les laboratoires MATEIS et GEOMAS de l’INSA Lyon, ainsi qu’avec des partenaires rennais. Le chanvre apporte des fibres végétales. La terre joue le rôle de matrice minérale. Le sujet n’est pas de coller une étiquette biosourcée sur un panneau routier, mais d’obtenir un matériau dont les propriétés acoustiques, mécaniques et thermiques peuvent être mesurées, comparées, améliorées.
C’est ce qui rend cette recherche intéressante pour un lecteur local : elle part d’un objet banal, l’écran d’autoroute, pour montrer où se joue une partie de la transition des travaux publics. Pas dans une grande promesse abstraite, mais dans des détails physiques très concrets : la taille des pores, la tenue à la compression, la stabilité du mélange, la capacité à produire des échantillons réguliers.
Le stade reste celui de la recherche. Aucun écran terre-chanvre n’est annoncé comme prêt à être installé le long d’une voie rapide. Et c’est important de le dire, parce que la matière ne se juge pas seulement au laboratoire. Une infrastructure routière impose de l’humidité, des vibrations, du vieillissement, des normes, des coûts, des contraintes de pose et de maintenance. La bonne idée doit survivre à tout cela.
Mais le sujet mérite mieux qu’un sourire devant le mot “chanvre”. À Lyon, cette thèse pose une question très sérieuse aux matériaux de demain : comment baisser l’empreinte du béton et du ciment sans produire des solutions fragiles, chères ou impossibles à industrialiser ? Pour l’instant, la réponse tient dans une mousse expérimentale, entre terre, fibres végétales et essais acoustiques. C’est petit, mais c’est exactement l’échelle où une infrastructure commence à changer.