Quand l’eau usée a été traitée, le service n’est pas terminé. À la station d’épuration de Givors, il reste une matière plus discrète que l’eau rendue au milieu naturel: les boues. Elles doivent être extraites, traitées, stockées, déshydratées, puis valorisées. C’est cette seconde chaîne de l’assainissement que le Syseg s’apprête à transformer.
L’avis de marché publié début juin lance la construction d’une unité de méthanisation des boues de la station d’épuration intercommunale, avec production de biogaz destiné, après épuration, à l’injection. Le chantier inclut aussi une aire de stockage couverte et le déplacement de l’atelier de déshydratation des boues dans un bâtiment dédié. Les candidatures sont attendues jusqu’au 3 juillet 2026; la durée estimée du marché est de 48 mois.
La question n’est pas seulement de produire du gaz. Pourquoi ajouter un digesteur à une station d’épuration? Parce qu’une station ne fabrique pas seulement une eau mieux traitée. Elle concentre aussi ce qu’elle retire de cette eau. À cette échelle, les boues deviennent une chaîne matérielle à part entière.
À Givors, la station appartient au Syseg et est exploitée par Veolia en délégation de service public. Elle traite les eaux usées des 15 communes adhérentes pour l’assainissement collectif, ainsi que celles de Givors et Grigny par convention avec la Métropole de Lyon. Sa capacité est de 89 750 équivalents-habitants. En 2024, selon le rapport d’activité du syndicat, 5,75 millions de mètres cubes ont été traités à la station de Givors. Le rapport suit aussi les boues: 5 350 tonnes ont été épandues en 2024, sur 350 hectares, avec un autre indicateur de 1 598 tonnes de boues produites.
Aujourd’hui, ces boues sont déjà valorisées par épandage agricole. Le méthaniseur ne remplace pas toute la chaîne par un tuyau magique. Il ajoute une étape: la digestion, sans oxygène, de la matière organique. Cette digestion produit du biogaz. Avant de rejoindre le réseau, ce gaz doit être épuré pour atteindre la qualité attendue d’un gaz distribué. C’est sous cette forme, le biométhane, qu’il peut prendre place dans le réseau.
Le bénéfice annoncé par le Syseg est double: produire une énergie renouvelable et réduire de 30 à 40 % le volume des boues issues de l’épuration. Ce deuxième effet est presque le plus parlant. Moins de volume, c’est moins de matière à déplacer, stocker, couvrir, déshydrater et envoyer vers une valorisation agricole. Le chantier annoncé ne se limite d’ailleurs pas au digesteur: il touche aussi l’aire à boues et l’atelier de déshydratation, deux éléments qui racontent la réalité physique du service.
Le calendrier confirme que le projet entre dans sa phase opérationnelle. Le rapport 2024 du Syseg évoquait une production des premiers mètres cubes de gaz début 2029. L’avis publié en juin 2026 lance désormais la conception-réalisation, avec une précision révélatrice: la mise en régime de l’unité de méthanisation pourra intervenir avant l’achèvement complet de l’aire à boues.
La station elle-même arrive à un âge où l’exploitation ne peut pas rester figée. Sa première unité fonctionne depuis 1994, la seconde depuis 2004. Le nouveau contrat de délégation de service public confié à Veolia depuis le 1er janvier 2025 intègre des investissements pour maintenir l’équipement, avec une hausse des coûts liée notamment à l’énergie. À Givors, la méthanisation n’est donc pas un décor vert ajouté à la fin d’un dossier technique. C’est une manière de reprendre la partie la moins visible du service: ce qui reste après l’eau.
Le cas prolonge, par un autre bout de la chaîne, la question déjà posée à Saint-Fons sur le coût réel de l’assainissement dans la Métropole de Lyon: les eaux usées ne disparaissent jamais simplement parce qu’elles sortent de nos maisons. Elles passent par des bassins, des bactéries, des ateliers, des camions, des champs et, bientôt à Givors, par un digesteur.
Si le projet tient son calendrier, les premiers mètres cubes de gaz sont attendus début 2029. Ce jour-là, une part du contenu organique extrait des eaux usées ressortira aussi sous forme de gaz épuré, après digestion, purification et injection. À Givors, la chasse d’eau aura une suite dans un autre réseau.
Sources consultées
- France Marchés / JOUEMarché de Conception Réalisation relatif à la construction d'une unité de méthanisation des boues de la station d'épuration du SYSEG à Givors avec production et injection de biogaz
- SYSEGLe patrimoine du SYSEG
- SYSEGRapport d’activité 2024
- GRDF, Synteau, Banque des Territoires, FNCCR, FP2EInjection de biométhane: retour d’expérience des stations d’épuration urbaines