À Lyon, le bulletin de l’air peut parfois sembler contradictoire. Les particules PM10 bonnes, le dioxyde d’azote moyen, et pourtant un indice mauvais parce que l’ozone grimpe. Pour quelqu’un qui passe de Gerland au périphérique, puis va courir au parc en fin d’après-midi, ce n’est pas un paradoxe. C’est la façon dont l’air lyonnais se lit désormais: polluant par polluant, lieu par lieu.
Le bilan 2025 d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes confirme d’abord une vraie amélioration. Depuis 2007, les concentrations régionales ont baissé de 56 % pour le dioxyde d’azote, de 50 % pour les particules PM10 et de 64 % pour les particules PM2,5. Les normes européennes actuelles sont presque partout respectées. Même la station Lyon Périphérique, dernier point régional en dépassement en 2023 pour le dioxyde d’azote, affiche 40 µg/m³ pour la deuxième année consécutive: exactement la valeur limite actuelle.
Mais changer de repère change la lecture. Avec les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, le Rhône reste très exposé: 1,52 million d’habitants au-dessus du seuil annuel conseillé pour le dioxyde d’azote, et 1,91 million pour les PM2,5. Le premier chiffre raconte surtout les axes, les façades, les carrefours et les trajets. Le second couvre presque tout le département: chauffage, combustion, pollution de fond, épisodes hivernaux. L’enjeu n’est pas seulement le pic que l’on voit passer dans une alerte, mais l’air ordinaire que l’on respire sans y penser.
L’ozone complique encore la carte. En 2025, il reste le seul polluant à provoquer des dépassements réglementaires dans la région. Atmo signale notamment le Sud lyonnais et le nord de la vallée du Rhône parmi les secteurs sensibles. C’est le polluant des journées chaudes et ensoleillées: même loin du trafic, une sortie au parc, un trajet à vélo ou un footing peuvent tomber au mauvais moment.
Les seuils de 2030 rendront cette situation moins confortable. D’ici 2030, les valeurs annuelles européennes seront abaissées à 20 µg/m³ pour le dioxyde d’azote et les PM10, et à 10 µg/m³ pour les PM2,5. Appliqués aux données 2025, ces seuils placeraient déjà sous vigilance plusieurs stations lyonnaises, dont Lyon Périphérique, A7 Sud lyonnais, Lyon Trafic Jaurès, Lyon Centre et Gerland selon les polluants.
La conclusion pratique tient en peu de mots. Lyon respire mieux qu’avant, mais pas encore l’air recommandé pour la santé. Près des axes, regarder le dioxyde d’azote; en hiver, surveiller les particules; par chaleur, se méfier de l’ozone. Dans l’agglomération, l’air ne se lit pas seulement au nez. Il se lit à l’adresse, à la saison et, certains jours, avant d’enfiler les baskets.