À Villeurbanne, la transition du bâtiment peut tenir dans une botte de paille. Sur le site de l’Étape 22D, d’anciens bâtiments industriels servent de terrain d’apprentissage: des étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon y ont travaillé sur la Maison du Gardien, avec une ossature bois et une isolation par l’extérieur en bottes de paille.
Ce genre de chantier dit bien le problème. Les matériaux bio et géosourcés ne manquent plus de promesses. Terre crue, bois, chanvre, pierre, paille: les mots circulent. Ce qui manque plus souvent, ce sont les personnes capables de les prescrire, de les poser, de les expliquer et de les enseigner sans transformer une bonne intention en futur désordre.
C’est le pari d’AmàRéno, programme France 2030 auquel participe l’INSA Lyon: former d’abord les enseignants et les formateurs à la réhabilitation du bâti existant avec ces matériaux. Le projet vise 500 formateurs, avec l’objectif de toucher ensuite 150 000 étudiants, artisans, techniciens, architectes, ingénieurs ou professionnels du bâtiment.
Pour la métropole lyonnaise, le sujet n’est pas théorique. Écoréno’v encourage déjà les rénovations énergétiques et prévoit des bonus liés aux matériaux biosourcés. La Métropole anime aussi une plateforme des acteurs du BTP autour des matériaux bio et géosourcés, du réemploi et de la montée en compétence. Les outils commencent donc à exister. Reste à faire en sorte qu’ils se traduisent sur les murs, les toitures, les écoles, les logements.
Car une rénovation réussie ne se décrète pas depuis un formulaire d’aide. Elle dépend d’un diagnostic, d’un choix de matériau, d’un détail de pose, d’une humidité maîtrisée, d’une entreprise disponible et d’un habitant qui comprend ce qu’on lui propose. Une botte de paille ou un enduit terre ne sont pas des talismans climatiques. Mal employés, ils peuvent produire des surcoûts, des désordres et des litiges.
Le béton ne disparaîtra pas des chantiers lyonnais. La question n’est pas de le bannir, mais de sortir du réflexe unique. Dans une métropole qui doit rénover son bâti, limiter l’empreinte carbone de la construction et faire durer l’existant, savoir quand utiliser du bois, de la terre, de la pierre ou de la paille devient une compétence professionnelle, pas une préférence décorative.
À l’échelle nationale, France Stratégie et la Dares estiment que la rénovation énergétique pourrait nécessiter entre 170 000 et 250 000 emplois supplémentaires d’ici 2030. L’effort ne se jouera donc pas seulement dans les budgets ou les appels d’offres. Il se jouera aussi dans les ateliers, les plateaux techniques et les chantiers-écoles, là où un futur professionnel apprend qu’un matériau alternatif peut être une solution, mais rarement une baguette magique.