Dans une crèche, une couche ne reste jamais longtemps une petite affaire. Elle finit dans un sac, puis dans un local, puis dans une poubelle qu’il faut vider vite, proprement, sans odeur et sans confusion. À Lyon, la Ville veut désormais que ces sacs-là prennent un autre chemin que la poubelle ordinaire.
Un marché publié en mai prévoit la collecte, le transport et le traitement des couches compostables utilisées dans les crèches municipales lyonnaises. Le contrat annoncé dure 24 mois, pour une valeur estimée pouvant aller jusqu’à 114 000 euros hors taxes. Ce n’est donc plus seulement une promesse de couches “plus vertes”: c’est une prestation à organiser, à payer et à contrôler.
Lyon avait déjà testé le dispositif. Lancée en juin 2023 dans dix crèches, l’expérimentation avait permis, selon la Ville, de collecter 7,5 tonnes de déchets au 12 juin 2024, soit 54 000 couches pour 473 berceaux. L’extension annoncée à d’autres établissements indique que la Ville veut sortir du simple essai. Elle ne prouve pas encore que la filière soit simple à tenir.
Car le mot “compostable” ne règle rien tout seul. Une couche compostable n’a d’intérêt que si elle est bien triée dans la crèche, collectée à part, acceptée par un traitement adapté et suivie jusqu’à sa destination finale. L’Ademe rappelle que les couches classiques ne doivent pas aller au compost domestique. Ici, l’enjeu n’est donc pas le petit bac vert au fond du jardin, mais une chaîne professionnelle, avec ses contraintes d’hygiène, de tournées et de traçabilité.
Après la montée en charge des biodéchets alimentaires dans la Métropole, Lyon touche ici à un déchet plus discret, mais très révélateur: régulier, sanitaire, produit par un service public quotidien, et difficile à faire disparaître d’un simple slogan. Le marché sera réussi si le geste demandé aux équipes de crèche reste simple, et si le sac trié garde une destination claire une fois sorti du bâtiment. Pour une couche, c’est déjà un sacré trajet.