En juin, la bande dessinée lyonnaise ne tient pas dans un seul lieu. Elle circule entre l’Hôtel de Ville, le Musée des Beaux-Arts, l’Opéra Underground, le Comoedia, les bibliothèques, les librairies et le Collège Graphique, installé dans l’ancien collège Truffaut. Cette dispersion donne du poids à la formule d’Herminée Nurpetlian, nouvelle directrice de Lyon BD Organisation: Lyon est un « vivier » d’artistes.
Pris seul, le mot pourrait passer pour un compliment de communiqué. Mais Lyon BD, né en 2006, ne ressemble plus seulement à un week-end de dédicaces. L’édition 2026, prévue du 12 au 14 juin dans son format principal, s’inscrit dans un mois entier d’ateliers, de rencontres, d’expositions et d’animations dans la métropole.
L’enjeu se joue surtout hors du week-end: Lyon BD veut occuper l’année, pas seulement remplir trois jours. Le Collège Graphique doit servir de lieu de rassemblement, de résidence et de passage entre générations d’auteurs. Pour une scène locale, ce n’est pas un détail. Un festival attire le public; un lieu aide les artistes à rester visibles quand les stands sont démontés.
L’Épicerie Séquentielle donne une autre preuve, plus discrète mais très lyonnaise, de cette vie dessinée au long cours. Avec Les Rues de Lyon, l’association publie chaque mois un récit en bande dessinée consacré à une histoire locale, réalisé par des artistes du territoire, imprimé et diffusé localement. On est loin du folklore: c’est une petite mécanique d’édition, de rémunération et de mémoire urbaine.
Le public, lui aussi, ne se limite pas aux habitués des bulles et des albums cartonnés. Lyon BD crée cette année un Prix jeunesse choisi par des enfants, à partir de cinq ouvrages sélectionnés par des clubs de lecture des bibliothèques lyonnaises. C’est une manière simple de rappeler que la bande dessinée reste l’une des portes d’entrée les plus accessibles vers la lecture: on peut y venir par l’image, par l’humour, par les monstres, les enquêtes ou les histoires de famille.
Tout n’est pas réglé pour autant. Le festival sort d’une période plus fragile, avec deux éditions sans direction stable et un modèle économique à repenser. La nomination d’Herminée Nurpetlian, passée par l’Institut français du Liban et le festival Beyrouth Livres, accompagne donc plus qu’un changement de programme. Elle donne une direction à une scène qui cherche à tenir ensemble les auteurs, les lieux, les lecteurs et les partenaires.
Pour les Lyonnais, le sujet dépasse la sortie du mois de juin. Il dit comment une scène culturelle tient entre deux éditions: quelques lieux ouverts, des bibliothèques qui jouent le jeu, des auteurs que l’on peut lire autrement qu’une fois par an, et des albums qui continuent de circuler quand les files de dédicace ont disparu.