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À Lyon 1, trois objets racontent le passage du labo à l’industrie

Plaies chroniques, catalyseurs, tissus in vitro: trois partenariats montrent comment Lyon 1 relie recherche publique et usages industriels.

Illustration - Recherche lyonnaise et industrie

Un pansement, un catalyseur, un modèle de tissu humain fabriqué in vitro. Pris séparément, les trois objets n’ont pas grand-chose à voir. Mis bout à bout, ils racontent assez bien ce qui se joue autour de Lyon 1: faire sortir une idée du laboratoire sans la transformer tout de suite en slogan d’innovation.

Le premier objet est le plus familier. Avec le laboratoire commun Olympe, inauguré le 1er avril, le CNRS, Lyon 1 et Urgo travaillent pour six ans sur les plaies chroniques: ulcères de jambe, escarres, pied diabétique. Le sujet concerne environ 2 millions de personnes en France. Ici, le pansement n’est pas seulement un produit posé en bout de chaîne. Il devient un terrain de recherche sur la cicatrisation, le vieillissement des tissus, l’inflammation, les pressions mécaniques et les besoins très concrets des soignants.

Le deuxième objet se voit beaucoup moins. ERACLECE, laboratoire commun porté par l’ENS de Lyon, le CNRS, Lyon 1 et IFP Energies nouvelles, travaille sur les catalyseurs. Le mot est technique, mais l’objet est partout dans l’industrie: un catalyseur aide une réaction chimique à se faire mieux, plus vite ou avec moins d’énergie. Dans ce cas, l’enjeu est de concevoir des catalyseurs utiles à l’économie circulaire, avec de la modélisation, de l’intelligence artificielle, des essais expérimentaux et une attention portée au recyclage.

Le troisième objet vient de la chaire industrielle LIFT, associant Lyon 1, Sartorius et l’Agence nationale de la recherche autour de la plateforme 3d.FAB, à Villeurbanne. Il s’agit de bioproduire des tissus humains in vitro, avec des protocoles, des biomatériaux, des bioréacteurs et des outils de contrôle qualité. Deux modèles sont annoncés: un tractus pulmonaire et un lobule hépatique vascularisé. Pour une entreprise pharmaceutique ou un laboratoire, ce type de tissu n’a d’intérêt que s’il peut être reproduit proprement, comparé d’un essai à l’autre et utilisé sans rester une belle prouesse de paillasse.

Ces trois dispositifs ne racontent pas la même filière. Ils racontent plutôt trois manières de construire un passage. Dans Olympe, l’industriel arrive avec un problème de soin déjà identifié. Dans ERACLECE, la chimie se prépare dès le départ à des usages industriels plus sobres. Dans LIFT, l’enjeu est de passer d’un savoir-faire de laboratoire à une production maîtrisée, avec des équipements, des standards et des personnes formées.

Le trait commun est aussi très lyonnais. Le territoire ne vend pas seulement une découverte isolée, mais une chaîne: université, CNRS, écoles, plateformes technologiques, entreprises de santé ou d’énergie, ingénieurs, doctorants, équipements partagés. Après PolMixLab, qui racontait déjà le travail entre Michelin et des laboratoires lyonnais autour de la gomme du futur, ces nouveaux exemples déplacent le regard. L’innovation locale n’est pas toujours spectaculaire. Elle ressemble souvent à une organisation patiente, avec des conventions, des machines, des essais, des réunions et des gens qui doivent faire parler la science avec les contraintes d’un produit.

Cela ne garantit pas que chaque projet donnera un traitement, un procédé ou un marché. Mais cela montre où se fabrique une partie de l’économie lyonnaise de demain: dans ces endroits un peu hybrides où l’on ne sait plus très bien si l’on est encore au laboratoire ou déjà dans l’atelier. Et c’est souvent là, avant le produit fini, que les choses sérieuses commencent.