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Dans le Rhône, la défense cherche d’abord des compétences rares

Signée à Genay, une feuille de route régionale met l’accent sur des métiers industriels déjà très demandés dans le Rhône.

Atelier industriel et composants techniques

Sur le site de Sunaero, à Genay, le sujet commence par des gestes très concrets: contrôler un réservoir d’avion, repérer une fuite, réparer assez vite pour remettre un appareil en service. C’est là, dans la zone industrielle Lyon Nord, que France Travail Auvergne-Rhône-Alpes, le Campus des métiers et des qualifications Industrie souveraine et le cluster EDEN ont signé, le 6 mai, un plan régional sur l’emploi et les compétences dans l’industrie de défense.

Pour le Rhône, l’annonce vaut surtout par ce qu’elle révèle: la défense ne cherche pas seulement des ingénieurs spécialisés ou des profils rares sortis d’un monde à part. Elle a besoin de métiers industriels bien connus, mais difficiles à trouver et exigeants à tenir: maintenance, mécanique, matériaux, électronique, ingénierie, contrôle qualité, méthodes, achats industriels, cybersécurité.

Le département n’arrive pas les mains vides. En 2026, les employeurs du Rhône déclarent 64 100 projets de recrutement, dont 48 % jugés difficiles. Dans la Métropole de Lyon, l’industrie représente 84 000 emplois, avec des pôles forts dans la métallurgie, les machines et équipements, l’énergie, la chimie et la pharmacie. Le problème n’est donc pas d’inventer une base industrielle. C’est de trouver les personnes capables de la faire tourner, alors que plusieurs filières se disputent déjà les mêmes profils. C’est la suite directe du constat posé dans notre article sur les besoins de recrutement dans le Rhône: les emplois annoncés ne sont pas toujours les plus accessibles.

Le plan promet de rendre ces métiers plus visibles, d’adapter les formations aux besoins des entreprises et de mieux préparer les embauches. Dit plus simplement: mieux montrer les postes, préparer les candidats avant l’embauche, et éviter que les entreprises cherchent chacune dans leur coin les mêmes compétences difficiles à trouver.

Dans le Rhône, cette question touche aussi les PME. Une filière de défense ne vit pas seulement de grands donneurs d’ordre. Elle repose sur des ateliers, des bureaux d’études, des spécialistes du câblage, de l’électronique embarquée, de la maintenance ou des matériaux. À Vénissieux, Centralp revendique par exemple des systèmes électroniques embarqués durcis pour des programmes de défense terrestre et navale. À Vourles, Procaly travaille dans le câblage électrique pour des environnements contraints, avec des débouchés dans le ferroviaire, la défense, la marine et l’énergie.

Ces exemples montrent où se trouve la vraie marche. Travailler pour la défense, ce n’est pas seulement produire une pièce ou écrire un logiciel. C’est accepter davantage de traçabilité, de qualité, de cybersécurité, parfois de certification ou d’habilitation. Pour une PME, cela peut ouvrir des marchés. Cela peut aussi demander du temps, des procédures et des compétences supplémentaires.

Pour un demandeur d’emploi ou une personne en reconversion, la promesse doit donc rester précise. Les portes les plus réalistes ne sont pas dans une image abstraite de la défense. Elles sont dans la maintenance, l’usinage, l’électronique embarquée, le câblage, le contrôle qualité, les méthodes, la supply chain ou la cybersécurité. La défense ne transforme pas à elle seule une tension de recrutement en parcours accessible. Elle peut en revanche donner un cap à des formations courtes, à des passerelles depuis l’industrie civile et à des recrutements mieux préparés.

La feuille de route signée à Genay sera utile si elle descend vite à ce niveau: quels métiers, quelles formations, quelles entreprises, quels délais. Dans le Rhône, le test sera simple. Derrière les mots de souveraineté, il faudra trouver des gens capables de fabriquer, contrôler, réparer et sécuriser des choses qui ne doivent pas lâcher.