À Trévoux, Reyrieux ou Montluel, le nouveau service commence par un geste très simple: attendre à un arrêt. Pas un arrêt de bus tout à fait classique, pourtant. Ici, le véhicule qui peut s’arrêter est la voiture d’un conducteur déjà en route vers Villeurbanne, Meyzieu, Saint-Germain-au-Mont-d’Or ou une zone d’activité de l’est lyonnais.
C’est l’idée des trois lignes En Covoit’Lignes ouvertes aux passagers depuis le 23 avril par SYTRAL Mobilités et la Métropole de Lyon: garder la voiture, mais lui donner des arrêts, des destinations et un début de service public.
Les lignes visent des trajets qui connaissent bien la voiture contrainte. La ligne 5 relie Reyrieux, Trévoux et la gare de Saint-Germain-au-Mont-d’Or. Elle parle à ceux qui doivent rejoindre le train sans ajouter une voiture de plus autour de la gare. La ligne 6 part de Trévoux, passe par Reyrieux et Massieux, puis rejoint Villeurbanne, avec une correspondance à Laurent Bonnevay sur le métro A. La ligne 7 relie Montluel, Saint-Maurice-de-Beynost, Pusignan, Meyzieu et Villeurbanne, en passant par des points utiles comme Meyzieu Z.I., le tram T3 et les secteurs d’activité de l’est lyonnais.
Ce n’est pas du covoiturage classique, réservé la veille avec un conducteur choisi sur une application. Le passager fait sa demande à l’arrêt, via l’application ou par SMS. Les conducteurs inscrits sont prévenus, avec aussi des panneaux lumineux sur le parcours. Aux heures de pointe, de 6h30 à 9h puis de 16h à 19h, le service annonce une garantie départ: si aucun conducteur ne passe, une solution est proposée, par exemple un taxi, un VTC ou le remboursement d’un ticket de bus.
Tout dépendra alors d’une question simple: combien de temps attend-on vraiment? Sur la ligne historique Lane, la Métropole indique que 85 % des passagers partent en moins de dix minutes et que moins de 5 % ont besoin de la garantie départ. Ces chiffres disent plus que les slogans verts. Pour un salarié, la différence entre une idée séduisante et un vrai outil quotidien se joue là, un mardi matin de pluie, quand il faut être à l’heure.
Le prix essaie de réduire le risque de l’essai. Deux trajets par jour sont inclus pour les abonnés TCL. Pour les autres, les trois premiers mois après inscription sont offerts, puis le trajet coûte 0,50 euro jusqu’à 20 kilomètres, avec 0,10 euro par kilomètre au-delà. Côté conducteur, l’indemnisation peut aller jusqu’à 2 euros par passager transporté, avec un bonus possible de 0,50 euro sur certains trajets déclarés aux heures de pointe, même sans passager.
Dans les transports lyonnais, les grands objets attirent vite l’attention: gares, métros, tramways, bus déplacés, comme récemment à Perrache. En Covoit’Lignes regarde plutôt les coutures du réseau: une gare TER, un parking-relais, une sortie d’autoroute, une zone d’emploi, une commune trop loin d’une ligne forte pour que le trajet soit simple.
C’est aussi pour cela que le dispositif est intéressant sans avoir besoin d’être vendu comme une révolution. Il ne promet pas de faire disparaître la voiture. Il part du constat inverse: elle est déjà là, souvent avec des sièges vides, sur des axes où beaucoup de gens se déplacent aux mêmes heures. La collectivité tente de rendre ces trajets moins solitaires et plus lisibles.
Le contexte reste exigeant. En France, les déplacements domicile-travail en voiture se font encore très majoritairement seul. Les plateformes ont enregistré 10,3 millions de trajets de covoiturage du quotidien en 2025, tout en ne captant qu’une partie de la pratique réelle.
Le test des trois nouvelles lignes sera donc très concret: assez de conducteurs, assez souvent, pour qu’un passager tente le coup deux fois dans la même semaine. Si cela fonctionne, la voiture ne disparaît pas du paysage. Elle circule seulement, parfois, avec une place occupée de plus.