Dans l’Est lyonnais, un agriculteur qui réduit ses herbicides, limite certains traitements ou ajuste ses apports d’engrais pourra être payé non pas pour produire plus, mais pour laisser moins de traces dans l’eau potable. Le geste se joue dans une parcelle. Son effet attendu se mesure plus loin, dans les nappes qui alimentent les captages.
Eau du Grand Lyon vient d’ouvrir les candidatures à un paiement pour service environnemental destiné aux exploitants volontaires situés dans les aires d’alimentation de captage de l’Est lyonnais. Ces zones correspondent aux surfaces où l’eau s’infiltre avant de rejoindre la ressource utilisée pour l’eau du robinet. Ce qui s’y répand, s’y réduit ou s’y maintient ne relève donc pas seulement de l’agriculture: cela finit par concerner le service public de l’eau.
Le paiement repose sur des critères vérifiables. Une exploitation pourra recevoir jusqu’à 100 000 euros sur cinq ans. Le versement sera calculé chaque année à partir d’indicateurs, notamment l’usage des herbicides, les traitements hors herbicides et, de manière optionnelle, les engrais minéraux. Les exploitants devront tenir un cahier d’enregistrement, accepter un audit annuel et participer à un accompagnement technique.
Ce n’est donc pas une prime vague à la bonne volonté. C’est une tentative de rémunérer une partie de l’effort demandé aux agriculteurs quand on leur demande de protéger une ressource commune. Réduire un traitement, changer une pratique ou sécuriser une trajectoire agricole a un coût, un risque, parfois une baisse de confort technique. Le pari est clair: payer une partie de la prévention dans les champs plutôt que découvrir plus tard une eau plus chère à rendre potable.
Pour les usagers, le sujet n’a rien d’abstrait. Eau du Grand Lyon produit et distribue environ 220 000 m³ d’eau potable par jour à 1,4 million d’habitants dans 58 communes. Dans l’Est lyonnais, la ressource est prise entre plusieurs usages: eau potable, irrigation, industrie, besoins domestiques. La Métropole identifie aussi des captages prioritaires pour la lutte contre les pesticides et les nitrates.
Le périmètre parle à tous ceux qui connaissent cette plaine de l’Est: Genas, Meyzieu, Saint-Priest, Chassieu, Mions, Jonage, Vaulx-en-Velin, Corbas, Pusignan, Colombier-Saugnieu. Ce n’est ni la campagne lointaine, ni la ville dense. C’est cette zone mêlée de champs, de routes, d’activités, de lotissements et d’infrastructures où la métropole fabrique une partie de son eau quotidienne.
Le calendrier montre aussi de quelle politique il s’agit. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’à fin août 2026. Les diagnostics et simulations doivent suivre entre octobre 2026 et février 2027. Les engagements commenceraient à l’automne 2027, avec un premier paiement fin 2028. On n’est pas dans la réparation rapide après alerte, mais dans une politique de prévention lente, contractuelle, dépendante du nombre d’exploitations qui accepteront d’entrer dans le dispositif.
C’est sa limite principale. Un paiement volontaire ne garantit pas, à lui seul, une amélioration rapide de la qualité de l’eau. Il faudra regarder combien d’exploitants signent, sur quelles surfaces, autour de quels captages et avec quels résultats mesurables. L’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse évoque, pour le projet lyonnais, une cible de 80 exploitations et 6 700 hectares, dans un appel plus large de 27 projets couvrant plus de 80 000 hectares agricoles.
Mais l’intérêt local est là: déplacer une partie de l’effort avant le robinet. Avant l’analyse de conformité. Avant le traitement. Avant que la nappe ne devienne plus coûteuse à protéger. Eau du Grand Lyon avait déjà accompagné en 2024 vingt et un exploitants sur des couverts végétaux intermédiaires, avec 204 hectares semés et des économies d’engrais azotés annoncées.
Dans une métropole déjà occupée par les PFAS, le TFA, les canalisations et la sobriété, ce programme rappelle une réalité moins spectaculaire mais décisive: une partie de l’eau du robinet se joue avant les usines, dans les sols qui alimentent les captages.