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À Gerland, les 60 ans du CIRC éclairent la chaîne lyonnaise contre le cancer

Du 19 au 21 mai, le CIRC fête ses 60 ans à Lyon. L’événement éclaire une chaîne locale: prévention, hôpital, essais cliniques et innovation santé.

Illustration de recherche médicale à Lyon

À Gerland, la recherche mondiale contre le cancer va se retrouver dans un lieu que les Lyonnais connaissent surtout pour les concerts, les salons et les grands rendez-vous populaires. Du 19 au 21 mai, la Halle Tony Garnier accueillera IARC@60, « Cancer Research into Action », l’événement des 60 ans du Centre international de recherche sur le cancer.

Le décor compte. Le CIRC a son siège à Lyon, dans ce même secteur de Gerland. Et ce rendez-vous n’arrive pas dans une ville choisie au hasard pour recevoir une conférence internationale. Autour de lui, la métropole concentre une grande partie de la chaîne: recherche, hôpital, essais cliniques, université, entreprises de santé et débats de prévention.

Le CIRC, agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé, ne soigne pas directement les patients. Son travail porte d’abord sur les causes du cancer, les facteurs de risque, les données mondiales et la prévention. Cette précision évite un contresens. L’enjeu des trois jours lyonnais n’est pas seulement de parler de traitements nouveaux, mais de comprendre comment la connaissance scientifique finit par changer des choix de santé publique, des pratiques médicales ou des politiques de prévention.

C’est là que le cas lyonnais devient concret. Aux Hospices Civils de Lyon, l’Institut de cancérologie fédère environ 1 000 professionnels et prend en charge plus de 20 000 patients par an, dont plus de 8 500 nouveaux cas. La recherche clinique en oncologie y représente aussi 700 études en cours et plus de 3 700 patients inclus chaque année dans un essai, selon les chiffres 2022.

Le Centre Léon Bérard ajoute une autre pièce du paysage: 43 527 patients pris en charge en 2024, 2 410 inclus dans un essai clinique et environ 700 personnes consacrées aux programmes de recherche. Ces chiffres valent surtout par ce qu’ils dessinent. À Lyon, la cancérologie ne se limite pas à un grand établissement ou à un laboratoire visible. Elle repose sur une proximité entre patients, médecins, chercheurs, plateformes techniques et équipes capables de tester les avancées dans des cadres stricts.

Les exemples récents donnent une idée de cette circulation. À Lyon 1, le projet européen Scan Nano Treat travaille sur des nanoparticules pensées pour associer imagerie et traitement du cancer, avec l’objectif de rapprocher le laboratoire d’applications cliniques et industrielles. La nomination d’Isabelle Ray-Coquard, professeure à Lyon 1 et praticienne au Centre Léon Bérard, à la présidence d’une commission The Lancet sur le cancer de l’ovaire montre un autre versant: une expertise clinique lyonnaise qui participe aussi à des débats internationaux.

Il y a enfin l’économie de la santé, plus discrète pour le grand public mais très présente dans le territoire. Lyonbiopôle, le pôle régional d’innovation santé, revendiquait 251 adhérents en 2024 et 185 projets de recherche, développement et innovation accompagnés cette année-là. Le Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes a soutenu 12 projets de recherche en cancérologie en 2025, pour 1,3 million d’euros. Ce n’est pas un simple décor autour de l’hôpital. C’est une partie du mécanisme: financement, transfert, essais, entreprises, compétences rares.

Le risque, avec ce type d’anniversaire, serait de n’en faire qu’une célébration de prestige. La conférence est d’abord un rendez-vous professionnel, avec des inscriptions payantes et des publics spécialisés. Mais les HCL annoncent aussi une soirée ouverte à tous le dernier jour. Ce détail est utile, parce que la prévention du cancer n’appartient pas seulement aux experts. L’Institut national du cancer rappelle que près de la moitié des cancers pourraient être évités en agissant sur des facteurs de risque externes, comme le tabac, l’alcool, l’alimentation, le surpoids, certaines expositions professionnelles ou les inégalités d’accès à la prévention.

L’intérêt local de ces 60 ans tient donc moins à la photo d’un grand congrès qu’à ce qu’il révèle du fonctionnement lyonnais. Dans un même périmètre, une agence mondiale produit des données et des méthodes, des hôpitaux prennent en charge des patients, des équipes ouvrent des essais, une université forme et cherche, des entreprises tentent de transformer des idées en outils. Ce n’est pas une promesse de découverte immédiate. C’est une manière de travailler. À Lyon, la lutte contre le cancer se joue aussi dans cette courte distance entre savoir, soin, prévention et passage à l’action.