Tout commence par un fragment de tumeur prélevé chez un patient. Au lieu de faire pousser des cellules cancéreuses à plat, les chercheurs lyonnais cherchent à leur redonner du volume: déposer des cellules et un support biologique pour fabriquer un petit modèle vivant, assez proche de la tumeur d’origine pour observer sa réaction à un traitement.
C’est le cœur de Lung3DPrint, un projet porté par les Hospices Civils de Lyon et le Centre de recherche en cancérologie de Lyon. Présenté le 20 avril 2026 au congrès annuel de l’American Association for Cancer Research, à San Diego, il concerne les cancers bronchiques non à petites cellules. Les équipes lyonnaises indiquent avoir bio-imprimé et analysé neuf échantillons de tumeurs fraîches, viables plusieurs semaines, tout en conservant une partie de leur diversité cellulaire.
La promesse tient dans cette différence simple. Une cellule isolée en culture classique donne une information utile, mais partielle. Une tumeur réelle est un milieu plus complexe, avec plusieurs types de cellules, des interactions, des résistances possibles aux traitements. La bio-impression 3D ne reproduit pas tout le corps humain. Elle tente de fabriquer un modèle moins éloigné de ce que le patient porte réellement.
Il faut garder la mesure. Les HCL parlent encore de recherche et évoquent un transfert clinique possible dans cinq à sept ans. Ce n’est donc pas un outil déjà disponible pour choisir le traitement d’un patient après une biopsie. Dans le cancer, “personnalisé” peut devenir un mot trop commode. Ici, il désigne plutôt une direction de travail: tester des options sur un modèle plus fidèle, puis vérifier si ce modèle prédit vraiment la réponse au traitement.
À Meyzieu, le même mouvement prend une forme industrielle. CTIBIOTECH, entreprise spécialisée dans les modèles de tissus humains pour la recherche biomédicale, annonce un projet de 3 millions d’euros autour de sa plateforme CTIONCOTEST. Elle a obtenu 1,25 million d’euros via Bpifrance, dans le cadre de France 2030, pour développer des microtumeurs bio-imprimées en 3D destinées à la recherche préclinique, notamment dans les cancers du sein, du côlon et du pancréas.
Les deux sujets ne se confondent pas. Lung3DPrint relève d’un travail hospitalier et académique sur des tumeurs pulmonaires. CTIBIOTECH vise l’industrialisation de modèles utilisables par la recherche et l’industrie pharmaceutique. Mais ils racontent la même bascule: la médecine personnalisée ne dépend pas seulement d’une bonne intuition scientifique. Elle demande des prélèvements, des plateformes techniques, des modèles reproductibles, des validations et des entreprises capables de produire régulièrement ce que le laboratoire sait faire une première fois.
C’est là que le sujet devient vraiment lyonnais. Dans un même territoire se croisent grands hôpitaux, laboratoires de cancérologie, industriels de la santé et financeurs publics. L’intérêt de France 2030, ici, n’est pas d’ajouter un logo public à une annonce biotech. Il est de financer ce passage ingrat entre prototype, validation, montée en cadence et marché. CTIBIOTECH dit vouloir transformer CTIONCOTEST en produit à haut débit commercialisable d’ici 2029. L’entreprise annonce aussi cinq recrutements scientifiques permanents dès 2026, puis vise 51 emplois et 16 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2031. Ce sont des objectifs d’entreprise, pas des résultats acquis, mais ils donnent une idée de l’échelle visée.
Le sujet s’inscrit aussi dans un mouvement plus large: mieux utiliser des modèles humains en 3D, lorsque leur fiabilité est démontrée, et réduire le recours à certains essais moins proches de la biologie humaine. Là encore, le mot important est “démontrée”. Une microtumeur imprimée n’a de valeur que si elle aide réellement à comprendre une réponse biologique, à tester une molécule ou, un jour, à orienter une décision médicale.
La nouvelle lyonnaise est donc plus intéressante qu’un mot de “révolution”. Elle montre un outil en train de prendre forme, entre hôpital, laboratoire et industrie. Un petit volume de cellules, une réponse biologique à observer, et encore beaucoup de validation avant que cela change la décision au chevet du patient.