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PFAS: le bassin lyonnais passe de l’alerte à la mesure

Air, eau potable, réglementation et solutions industrielles: le bassin lyonnais commence à mesurer les PFAS sur toute la chaîne.

Illustration - Air eau industrie PFAS

Dans le bassin lyonnais, les PFAS entrent dans l’âge de la mesure. Ces substances très persistantes, utilisées dans des traitements antiadhésifs, imperméabilisants ou résistants à la chaleur, ne sont plus seulement évoquées comme une pollution diffuse. Elles sont désormais mesurées dans l’air, suivies dans l’eau potable, discutées au niveau européen et visées par de nouvelles solutions industrielles.

Le premier changement vient de l’air. Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a publié en avril un bilan d’expérimentation mené entre octobre 2023 et décembre 2025 sur deux sites: Lyon centre, pour mesurer un fond urbain, et Pierre-Bénite, sous influence industrielle. Les prélèvements ont porté sur 38 PFAS, avec de grands volumes d’air aspirés pendant 96 heures. Atmo le précise: il n’existe pas encore de méthode de référence normalisée pour mesurer ces substances dans l’air ambiant. Les chiffres doivent donc être lus comme une base de surveillance, pas comme un verdict sanitaire définitif.

Ils donnent pourtant un ordre de grandeur clair. Atmo relève une moyenne de 25 picogrammes par mètre cube à Lyon centre, contre 244 à Pierre-Bénite, avec des pointes à 1 280. Les molécules les plus présentes, notamment le PFHxA et le 6:2 FTS, correspondent à des usages industriels locaux. Autre point concret: après l’arrêt de l’utilisation du 6:2 FTS par un industriel fin 2024, la baisse apparaît dans les mesures d’air. Cela ne règle pas le passif, mais cela montre qu’une réduction à la source peut se voir.

Dans l’eau potable, le suivi est plus lisible pour les habitants. Eau du Grand Lyon indique avoir réalisé, au premier trimestre 2026, 22 campagnes d’analyses sur les 20 PFAS réglementés, réparties sur sept secteurs d’alimentation. Le seuil applicable à la somme de ces 20 PFAS est de 0,1 microgramme par litre. La grande majorité de la métropole, alimentée notamment par le champ captant de Crépieux-Charmy, affiche une moyenne de 0,019 microgramme par litre. À Marcy-l’Étoile, la valeur est descendue à 0,085 après une interconnexion avec le réseau métropolitain. À Givors, Grigny et Solaize, Eau du Grand Lyon indique un retour à la conformité, avec des travaux de filtration au charbon actif engagés à l’usine Rhône-Sud de Ternay.

Le TFA, lui, reste le caillou dans la chaussure. Cet acide trifluoroacétique appartient à la grande famille des PFAS, mais il n’entre pas dans la liste des 20 PFAS réglementés en France pour l’eau potable. Eau du Grand Lyon dit pourtant le suivre depuis l’été 2024 et avoir mené 35 campagnes au premier trimestre 2026. C’est un point important: le territoire mesure déjà plus large que ce que le cadre réglementaire impose. Cela donne de la transparence, mais aussi une question simple pour les années qui viennent: que faire des substances suivies avant d’être pleinement encadrées?

La Métropole de Lyon pousse justement ce sujet au niveau européen. Avec dix-neuf partenaires, elle demande une action coordonnée contre les PFAS: interdictions plus larges, accompagnement des industriels, outils communs de détection et de dépollution, application du principe pollueur-payeur. Depuis le 12 janvier 2026, l’Union européenne impose une surveillance harmonisée des PFAS dans l’eau potable, avec une limite de 0,1 microgramme par litre pour la somme des PFAS et de 0,5 pour les PFAS totaux. En France, certains produits contenant des PFAS sont aussi interdits depuis le 1er janvier 2026, notamment dans les cosmétiques, les farts, les vêtements, les chaussures et les imperméabilisants destinés aux consommateurs, hors exceptions.

Reste l’industrie. C’est le sujet le plus sensible, mais aussi l’un des plus concrets. Le bassin lyonnais ne peut pas seulement mesurer ce qui circule dans l’air et dans l’eau: il doit aussi produire autrement, traiter les rejets et remplacer les usages qui peuvent l’être. Deux actualités relayées par Axelera, le pôle chimie-environnement régional, donnent une idée de ce mouvement. H&B Materials, créée à Lyon en 2025 par deux docteurs en chimie, développe des traitements textiles déperlants sans PFAS, à partir de matériaux biosourcés greffés sur les fibres. La jeune entreprise prépare une première ligne pilote après avoir reçu un prix au salon Techtextil 2026. Treewater travaille, de son côté, sur un procédé de destruction de PFAS dans les effluents industriels, présenté comme capable de dégrader plus de 90 % de PFAS à chaînes longues ou courtes.

Ces solutions devront prouver leur efficacité à grande échelle. Mais elles déplacent déjà le débat. Les PFAS ne sont plus seulement un dossier de pollution hérité de la vallée de la chimie. Ils deviennent un test pour toute la stratégie industrielle métropolitaine: mesurer mieux, réduire à la source, traiter ce qui doit l’être, et soutenir les alternatives crédibles. C’est moins confortable qu’un slogan sur l’industrie verte. C’est aussi beaucoup plus sérieux.