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À l’INSA Lyon, l’impression 3D devient une compétence industrielle

L’INSA Lyon prépare l’achat d’une machine de fabrication additive multi-matériaux, signe concret de montée en compétence industrielle à Villeurbanne.

Machine d’impression 3D en atelier

L’INSA Lyon prépare l’achat d’une machine de fabrication additive multi-matériaux, capable de travailler des matières rigides et souples. L’avis, publié le 26 avril pour une exécution à Villeurbanne, laisse aux candidats jusqu’au 28 mai 2026 pour répondre. Derrière ce marché très technique, le signal est simple: l’école veut produire des pièces plus proches de celles que l’industrie doit concevoir, tester, réparer ou personnaliser.

La fabrication additive consiste à fabriquer une pièce couche par couche. Le multi-matériaux ajoute une difficulté utile: combiner, dans un même objet, une partie rigide et une partie souple, ou plusieurs comportements mécaniques. C’est ce qui fait passer l’impression 3D du gadget visuel au prototype fonctionnel. Pour les étudiants, les chercheurs et les ingénieurs, l’enjeu n’est pas seulement d’utiliser une machine. Il faut choisir le bon matériau, concevoir la pièce, maîtriser les zones de contact entre matières, contrôler la qualité puis finir l’objet.

À Villeurbanne, cet achat s’inscrit dans un terrain déjà actif. La plateforme de fabrication additive S.mart Rhône-Alpes Ouest, rattachée à l’INSA Lyon, dispose de moyens pour produire des pièces polymères et métalliques, du prototype à la petite série personnalisable. Le laboratoire LaMCoS travaille aussi sur la fabrication additive métallique, notamment pour la réparation de pièces et l’ajout de fonctions sur des pièces existantes. La nouvelle machine annoncée ne surgit donc pas comme une curiosité isolée. Elle renforce une chaîne locale où formation, recherche appliquée et besoins industriels se croisent déjà.

C’est le premier enjeu: l’équipement des écoles d’ingénieurs. Les procédés avancés ne se diffusent pas avec des slogans, mais avec des plateformes accessibles, des enseignants formés, des machines disponibles et des étudiants qui apprennent sur du matériel récent. Dans une technologie comme celle-ci, la compétence est presque aussi stratégique que l’équipement. Une entreprise peut acheter une machine. Elle ne fabrique pas en six mois des profils capables de l’exploiter proprement.

Le second enjeu est industriel. La Métropole de Lyon compte 84 000 emplois dans l’industrie, dont 13 560 dans la métallurgie, les machines et les équipements, 9 940 dans l’énergie, 9 690 dans la chimie et 7 900 dans la pharmacie. Ce sont précisément des secteurs où l’on a besoin de prototyper vite, de tester des pièces complexes, de réparer plutôt que remplacer, ou d’adapter de petites séries à des usages précis. Une machine à l’INSA ne transforme pas à elle seule la base productive lyonnaise. Mais elle ajoute une capacité là où elle peut circuler: chez les futurs ingénieurs, dans les laboratoires, puis dans les collaborations avec les entreprises.

Le mouvement dépasse Lyon. Le marché mondial de la fabrication additive a atteint 24,2 milliards de dollars en 2025, avec une croissance de 10,9 %. Le secteur n’en est plus à promettre d’imprimer tout et n’importe quoi. La valeur se déplace vers les matériaux, les services, la qualification des pièces et l’usage intelligent des machines déjà installées.

C’est ce qui rend ce marché intéressant. Il ne raconte pas une révolution spectaculaire. Il montre quelque chose de plus concret: une école d’ingénieurs qui ajuste ses outils aux besoins industriels actuels. Dans une métropole qui veut rester industrielle, ce genre d’achat compte parce qu’il transforme une ambition générale en gestes pratiques: former, expérimenter, réparer, produire autrement.