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À la Doua, l’ancienne chaufferie cherche une seconde vie

À Villeurbanne, la réutilisation de l’ancienne chaufferie de la Doua entre en phase de programmation.

Illustration - ancienne chaufferie universitaire

L’ancienne chaufferie de la Doua n’entre pas encore en chantier. Mais son avenir se précise. La ComUE Lyon Saint-Étienne a lancé un marché de programmation pour préparer la réutilisation de ce bâtiment industriel situé 10 avenue Albert-Einstein, à Villeurbanne. L’avis a été publié le 25 avril 2026, avec une remise des offres attendue le 15 mai. Le marché porte sur des missions d’architecture, d’ingénierie et de planification, pour un montant maximal de 500 000 euros hors taxes et une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans.

Ce n’est pas un chantier. C’est l’étape d’avant: celle où l’on vérifie les usages possibles, les contraintes techniques, le budget, le calendrier et les conditions de transformation. Le vocabulaire de l’avis est révélateur: il parle de réutilisation et d’une opération de réhabilitation et restructuration complexe d’un ancien bâtiment industriel. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de remplir une friche. Il est de savoir si un morceau technique du campus peut redevenir utile sans passer par la case démolition.

La chaufferie a une histoire particulière. Construite à la fin des années 1950, elle fonctionnait au charbon et alimentait à la fois les bâtiments universitaires et une partie du premier réseau de chauffage urbain. L’État s’est séparé de ce réseau en 2002. Une nouvelle usine thermique a été construite plus loin, avenue Albert-Einstein, tandis qu’une partie de l’ancien bâtiment est restée sans usage. Depuis, la question n’est plus théorique: sécurité, dépollution, structure, amiante, biodiversité et réparation du béton conditionnent toute reconversion sérieuse.

Le projet arrive aussi au bon moment pour le campus. Lyon 1, l’INSA Lyon, le Crous de Lyon et la ComUE travaillent depuis 2024 à un schéma directeur urbain et immobilier de LyonTech-la Doua à horizon 2035. Le document doit traiter l’immobilier, les mobilités, les espaces publics, les paysages, l’eau pluviale, les réseaux, l’éclairage et la signalétique. Sur un campus d’environ 100 hectares, fréquenté par près de 35 000 personnes, une ancienne chaufferie n’est pas seulement un bâtiment isolé. C’est un point dur dans un morceau de ville.

La piste d’un lieu plus ouvert existe déjà. En janvier, des étudiants et enseignants de l’École nationale supérieure d’architecture de Lyon et de l’INSA ont présenté au Rize des scénarios de réhabilitation imaginant un lieu d’expérimentation scientifique et pluridisciplinaire ouvert sur la ville. Cela ne préjuge pas de la décision finale, mais cela montre l’intérêt du site: il peut servir le campus sans se refermer sur lui.

Ce choix rejoint une question plus large: que fait-on des bâtiments existants quand ils sont difficiles, vieillissants, mais encore transformables? En France, le bâtiment génère environ 46 millions de tonnes de déchets par an; près de la moitié viennent de la démolition. Le réemploi et la rénovation ne sont donc pas des gestes symboliques. Quand ils sont possibles, ils évitent des déchets, conservent de la matière déjà produite et réduisent une partie de l’impact carbone lié aux matériaux neufs. Le Label bas-carbone reconnaît d’ailleurs les réductions d’émissions liées à l’emploi de matériaux issus du réemploi.

La réussite se jouera moins dans le geste architectural que dans l’usage. Un bâtiment rénové mais peu utilisé manquerait sa cible. Un lieu réellement occupé, utile aux étudiants, aux chercheurs et aux habitants de Villeurbanne, ferait mieux: il transformerait un ancien outil énergétique en ressource urbaine. La programmation lancée aujourd’hui ne garantit pas cette issue. Elle pose surtout une question très concrète: à La Doua, quels bâtiments faut-il transformer, lesquels faut-il remplacer, et comment faire mieux avec ce qui existe déjà?