Un marché public publié le 24 avril remet les biodéchets dans l’agenda de la Métropole de Lyon. Son objet est précis: collecter, traiter et valoriser des biodéchets non emballés sur le territoire métropolitain. Le montant n’annonce pas un basculement massif: l’estimation est de 31 400 euros hors taxe sur quatre ans, avec un démarrage prévisionnel des prestations le 26 septembre 2026. C’est justement ce qui rend le signal intéressant. Le tri alimentaire n’est plus seulement en phase de déploiement. Il entre dans la phase d’exploitation.
La Métropole a déjà installé l’essentiel du décor. Fin 2024, elle comptait 2 586 bornes à compost dans 34 communes, contre 1 314 un an plus tôt. Environ 1,1 million d’habitants étaient desservis, soit 96 % de la cible annoncée. Les déchets alimentaires collectés ont plus que doublé en un an: 8 289 tonnes en 2024, contre 3 803 tonnes en 2023.
La suite se joue dans des détails très concrets. Une borne doit être assez proche, assez propre, assez souvent vidée. Le rapport annuel de la Métropole indique des collectes du lundi au samedi, avec des fréquences adaptées aux points, de deux à quatre passages par semaine. Depuis mi-2024, les bacs sont lavés toutes les deux semaines entre juin et septembre, puis une fois par mois d’octobre à mai. C’est la condition pour que le geste reste acceptable dans une cage d’escalier, une copropriété ou un quartier dense.
Le mot important du marché est « non emballés ». Il dit presque tout. Dans les bornes, la Métropole accepte les déchets alimentaires, mais pas les emballages, ni les sacs plastiques, même compostables. Les apports doivent se faire en vrac ou dans un sac papier. Cette consigne paraît simple, mais elle détermine la qualité de toute la chaîne. Un reste de repas bien trié devient une ressource. Le même reste, jeté avec une barquette ou un sac plastique, devient une charge à retirer.
Le tri imparfait a déjà un coût visible. En 2024, le traitement des déchets alimentaires collectés par les bornes a généré 1 035 tonnes de refus, c’est-à-dire de matières indésirables écartées avant valorisation. Les prestataires doivent mélanger les déchets alimentaires avec du broyat de déchets verts, retirer les intrus, puis composter, cribler et adapter le produit final aux débouchés. À cette échelle, une erreur répétée des milliers de fois n’est plus une petite négligence. C’est du transport, du temps de tri et de la perte de valeur.
L’intérêt du dispositif reste solide lorsque la chaîne fonctionne. Entre 2021 et 2024, la Métropole indique avoir produit 16 700 tonnes de compost. Elle revendique aussi un usage local: 76 % du compost est vendu dans le périmètre métropolitain ou dans un rayon de 50 kilomètres, dont 54 % à des agriculteurs, 38 % à des entreprises du paysage et 8 % à des particuliers, communes, entreprises de travaux publics ou autres utilisateurs. Le tri alimentaire ne sert donc pas seulement à réduire les poubelles grises. Il peut aussi ramener de la matière organique vers les sols proches.
Le Grand Lyon n’est pas seul face à cette marche d’escalier. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets concerne tous les particuliers et professionnels en France. Mais l’usage reste inégal. L’Ademe estimait en 2025 que 56 % des Français déclaraient trier leurs déchets alimentaires, tandis que 44 % ne le faisaient pas encore. Les freins sont connus: absence de solution, crainte des odeurs, manque de place, impression d’une contrainte de plus.
C’est là que la Métropole a encore du travail utile à faire. Les bornes sont là dans les secteurs denses. Il faut maintenant tenir la qualité, couvrir les situations moins simples, accompagner les professionnels et éviter que les mauvais usages abîment le service. Pour les producteurs de déchets assimilés disposant d’un espace vert, la Métropole propose des composteurs; les autres peuvent utiliser les bornes jusqu’à 120 litres par semaine ou passer par une collecte privée.
Le marché publié le 24 avril ne marque pas une révolution. Il signale une étape plus discrète: celle où le service doit tenir dans la durée. Après les bornes viennent les tournées, les lavages, les consignes à répéter, les refus à réduire et les débouchés à sécuriser. Le tri alimentaire réussira si cette chaîne reste simple pour les habitants et assez fiable pour produire un compost utilisable.