Vidéoprotection urbaine: le marché CANUT facilite une nouvelle vague d’achats publics
Le nouveau marché CANUT sur la vidéoprotection ne lance pas un plan lyonnais clé en main. Il rend surtout plus simple, plus rapide et plus standardisé l’achat de caméras, de maintenance et de conseil par les collectivités. Le marché est découpé en douze lots. Pour la région Sud-Est, il prévoit d’un côté des prestations d’assistance à maîtrise d’ouvrage sur 48 mois, avec un montant maximal de 401 millions d’euros hors taxes, et de l’autre la fourniture, l’intégration et la maintenance de solutions de vidéoprotection, sur la même durée, pour un maximum de 90 millions. Ce ne sont pas des dépenses déjà engagées dans le Rhône. C’est une boîte à outils d’achat pour les acteurs publics qui voudront s’en servir.
C’est ce qui rend le sujet intéressant localement. CANUT, basée à Lyon, se présente comme une centrale d’achat du numérique et des télécoms destinée aux collectivités et aux bailleurs sociaux. Villeurbanne y a déjà adhéré par délibération municipale en octobre 2024. Autrement dit, on n’est pas devant un montage lointain ou théorique. Le canal d’achat existe déjà dans le paysage local, et il peut désormais couvrir aussi la vidéoprotection urbaine.
Le terrain, lui, est déjà bien équipé. La Ville de Lyon compte 571 caméras fixes et 30 nomades en service. Elle a acté l’installation de 60 nouvelles caméras fixes d’ici 2026, avec 962 000 euros pour l’extension du parc et 738 000 euros pour la maintenance annuelle et le renouvellement d’un cinquième des équipements chaque année. Le signal à retenir n’est pas seulement le nombre de caméras. C’est la structure de la dépense. On paie de plus en plus pour un système complet: matériel, centre de supervision, entretien, renouvellement, montée en gamme technologique. Là-dessus, le marché CANUT colle exactement à l’évolution des besoins.
Les usages, eux aussi, s’élargissent. La Commission nationale de l’informatique et des libertés rappelle que la vidéoprotection de voie publique peut servir non seulement à la sécurité, mais aussi à constater des infractions de circulation, prévenir les dépôts sauvages ou réguler des flux. Dans la métropole lyonnaise, cette extension est déjà visible: la Métropole indique que 16 communes ont sollicité son soutien depuis 2024, dont quatre spécifiquement contre les dépôts sauvages, et Vénissieux a mis en place en 2025 un dispositif de vidéoverbalisation appuyé sur des caméras et une détection automatisée. La caméra locale n’est donc plus seulement un sujet de tranquillité publique. Elle devient aussi un outil de gestion urbaine ordinaire.
Reste une limite qu’il ne faut pas maquiller. La Cour des comptes relevait déjà en 2020 qu’aucune corrélation globale n’avait été établie entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection, le niveau de délinquance sur la voie publique et les taux d’élucidation. La question n’est donc pas de savoir si la caméra résout tout. Elle est plus terre à terre: où l’installe-t-on, pour quel usage précis, avec quelles règles, et à quel coût durable. Sur ce point, le cadre français est net: seules les autorités publiques peuvent filmer la voie publique, seules les personnes autorisées par arrêté préfectoral peuvent visionner les images, et leur conservation ne peut en principe pas dépasser un mois. Dans le Rhône, le vrai test commencera maintenant: quelles communes et quels établissements publics utiliseront réellement ce marché, pour quels sites, et avec quel bilan concret.