Une salve récente d’annonces du BODACC fait remonter le même signal dans plusieurs coins de l’agglomération lyonnaise. À Lyon, PLMS, dans les produits d’entretien, est liquidée. À Villeurbanne, Terrain Foncier, dans l’immobilier, l’est aussi. À Vénissieux, Green & CO, dans le transport routier de marchandises, suit la même route. À Saint-Priest, ELHM ne tombe pas dans une nouvelle procédure mais voit son dirigeant frappé d’une faillite personnelle pour trois ans. À Caluire-et-Cuire, Ladut’Invest sort par une clôture pour insuffisance d’actif. Pris séparément, ce sont des dossiers ordinaires. Mis côte à côte, ils dessinent une fragilité diffuse dans des métiers très courants de l’économie locale.
Le point important est là. On ne voit pas la chute d’un grand employeur qui résumerait tout. On voit plutôt des petites structures de l’immobilier, du transport, des services ou du second œuvre qui encaissent mal une trésorerie tendue, un crédit plus cher ou une demande qui ralentit. La même page d’annonces fait d’ailleurs apparaître d’autres dossiers dans la maçonnerie, la peinture, la publicité, la restauration, la sécurité incendie ou la réparation. Ce n’est pas un secteur qui décroche. C’est une base économique plus ordinaire qui montre des fissures.
À l’échelle lyonnaise, ce n’est pas une impression passagère. Le tribunal des activités économiques de Lyon a enregistré 2 216 procédures collectives en 2025, en hausse de 8,4 %, dont 1 719 liquidations judiciaires. Et selon son président, la hausse des défaillances touche davantage des entreprises de très petite taille, donc moins visibles qu’un grand plan social mais bien présentes dans le paysage réel des sous-traitants, commerces et PME locales.
Le cadre plus large va dans le même sens. La Banque de France comptait 69 392 défaillances d’entreprises sur douze mois à fin février 2026. Altares en a recensé 18 986 au premier trimestre 2026, soit 6,4 % de plus qu’un an plus tôt, pour un total de 71 100 sur douze mois glissants. En Auvergne-Rhône-Alpes, la Banque de France décrit pour 2026 une reprise modérée, mais avec des investissements prudents. En mars, elle notait encore une trésorerie qui se dégrade dans les services, surtout dans les activités exposées aux coûts de transport ou à une demande moins dynamique. Autrement dit, Lyon ne vit pas une exception locale. Elle concentre une tension qui se voit aussi ailleurs, mais qui prend ici le visage de petites entreprises plus vulnérables que les grands groupes dont on parle d’habitude.
Il ne faut pas forcer le trait. Une grappe d’annonces ne suffit pas à raconter toute l’économie lyonnaise, qui continue aussi de créer, d’investir et d’embaucher. Mais elle rappelle une chose simple: entre les grands projets et les beaux chiffres, il y a un tissu ordinaire qui reste sous pression. La lecture utile n’est pas de noircir le tableau. Elle est de voir où ça craque et à quel moment on peut encore agir. La médiation du crédit, par exemple, a traité 1 034 dossiers en 2025, avec 64 % de réussite, et permis de préserver 5 113 emplois. Pour beaucoup de petites entreprises, l’enjeu se joue là, avant la liquidation, quand le problème est encore financier plutôt que terminal.