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PrEP injectable: à Lyon, le vrai changement sera l’accès

Remboursée depuis février, la PrEP injectable contre le VIH arrive comme alternative à la forme orale. À Lyon, l’enjeu est moins l’annonce que l’accès réel au parcours.

Illustration - prévention VIH à Lyon

La prévention du VIH change de format. Depuis fin février, la France rembourse à 100 % la PrEP injectable au cabotégravir, une alternative à la PrEP orale. Le schéma est simple sur le papier: deux premières injections à un mois d’intervalle, puis une injection tous les deux mois. La Haute Autorité de santé la présente comme une offre complémentaire, pas comme un remplacement du traitement oral.

L’intérêt est très concret. La difficulté, pour beaucoup de personnes, n’est pas de comprendre l’utilité de la PrEP mais de la faire tenir dans la vie quotidienne: penser au comprimé, gérer les oublis, garder le traitement discret, rester dans le suivi. Les autorités sanitaires visent justement des publics pour qui la forme orale fonctionne mal ou pas assez bien, notamment des personnes éloignées du soin, des personnes en situation de vulnérabilité, des femmes encore très minoritaires parmi les usagers de la PrEP en France, ou des patients qui ne peuvent pas prendre la forme orale.

À Lyon, les portes d’entrée existent déjà. Les centres de dépistage et de prévention des Hospices civils de Lyon, à la Croix-Rousse et à Édouard-Herriot, assurent la prise en charge de la PrEP. Le Griffon, dans le 1er arrondissement, propose lui aussi l’initiation et le suivi, avec une approche pensée pour des publics souvent mal servis par le soin classique. Sur le territoire du CoReSS Lyon Vallée du Rhône, qui couvre notamment le Rhône et la Métropole de Lyon, 2 638 personnes étaient suivies sous PrEP en 2023 et 908 initiations ont été comptabilisées sur l’année. Le sujet local n’est donc plus de savoir si la PrEP existe. Il est de voir si cette nouvelle forme peut élargir réellement l’accès.

Il ne faut pas non plus vendre une solution magique. La PrEP injectable demande un cadre médical plus serré qu’une simple nouveauté de catalogue. La séronégativité doit être confirmée avant le début du traitement puis à chaque injection, avec des tests adaptés. Les rendez-vous sont réguliers, le suivi doit tenir dans la durée, et chaque injection doit être faite par un professionnel de santé. Le vrai défi, à Lyon comme ailleurs, sera donc l’organisation: dépistage, prescription, rendez-vous, rappels, continuité.

Ce besoin d’élargir la prévention est réel. En Auvergne-Rhône-Alpes, 383 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH en 2024. En France, l’usage de la PrEP a beaucoup progressé depuis 2016, mais sa diffusion ne s’élargit pas encore assez vite: 67 505 personnes y ont eu recours au premier semestre 2025, et le rythme des nouvelles initiations s’est stabilisé autour de 20 000 par an. Le mouvement de fond est pourtant clair, en France comme ailleurs: multiplier les options pour mieux coller aux vies réelles. L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs le cabotégravir injectable comme option supplémentaire depuis 2022.

Pour Lyon, le test sera donc assez simple. Si cette PrEP injectable reste réservée à des patients déjà très bien insérés dans le soin, l’effet sera limité. Si elle permet à des personnes qui ne tenaient pas une PrEP orale de rester protégées dans la durée, alors le changement sera net. La métropole a déjà les lieux, les équipes et les relais associatifs. Il lui reste à rendre le parcours plus facile que le risque.