Article

Où va l’argent public local ce printemps

Déchets, cybersécurité, école, réseaux: les marchés publiés à Lyon et dans la métropole montrent où se concentrent les dépenses publiques locales en 2026.

Illustration de marchés publics lyonnais

À Lyon et dans sa métropole, les appels d’offres du moment disent une chose simple: la commande publique revient aux bases. Les avis publiés ces derniers jours portent sur les biodéchets de la Ville de Lyon et du centre communal d’action sociale, sur les fenêtres déposées en déchèterie, sur la cybersécurité mutualisée de plusieurs communes, sur un groupe scolaire à reconfigurer à Vénissieux. Pris ensemble, ils dessinent une priorité nette pour 2026: faire tenir les services essentiels, absorber les nouvelles règles et réparer ce qui coûte cher quand on attend trop.

Le signal le plus clair vient des déchets. La Ville de Lyon a lancé un marché de 960 000 euros hors taxes, découpé en quatre lots, pour collecter et traiter les déchets alimentaires triés à la source dans ses établissements, avec une date limite fixée au 12 mai. La Métropole a ouvert de son côté un marché de 458 800 euros hors taxes pour collecter, trier et valoriser les fenêtres récupérées en déchèterie, avec clôture au 11 mai. Vu séparément, cela ressemble à de la technique. Vu ensemble, cela montre où part l’argent: vers le tri, le recyclage, la traçabilité et le réemploi.

Ce basculement n’a rien d’un effet de mode. Il est poussé par les règles et par les volumes. En France, le tri à la source des biodéchets est obligatoire depuis le 1er janvier 2024. La Métropole de Lyon a déjà consacré 2 millions d’euros hors taxes à ce chantier en 2024. Dans le bâtiment, l’Agence de la transition écologique estime à 22 millions de tonnes les déchets produits en 2023 pour les seuls produits et matériaux de construction. Elle rappelle aussi qu’en 2019, environ 40 % de ces déchets étaient encore collectés en mélange. Derrière un marché sur des fenêtres usagées, il y a donc une filière entière en train de se structurer, avec des exigences nouvelles pour les opérateurs.

L’autre fil rouge, c’est la sécurité des réseaux et la continuité des services. Le marché de cybersécurité du SITIV, attribué début avril, vaut 500 000 euros hors taxes. Il couvre le conseil stratégique, les audits et les tests d’attaque. Le sujet n’a plus rien d’accessoire. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a traité 218 incidents touchant les collectivités territoriales en 2024, soit 18 par mois. Dans son panorama 2024, elle indique aussi que les collectivités représentent 17 % des victimes connues de rançongiciels. En face, les moyens restent souvent faibles. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, 77 % des collectivités répondantes consacrent moins de 2 000 euros par an à la cybersécurité. La mutualisation n’est donc plus un confort. C’est une façon de boucher un retard.

Le même raisonnement vaut pour l’eau. Eau du Grand Lyon doit faire tourner un réseau de 4 100 kilomètres qui alimente 1,4 million d’usagers. Là aussi, la priorité n’est pas l’effet d’annonce. C’est l’intervention rapide, les réparations, les astreintes, la continuité du service.

À Vénissieux, la reconfiguration du groupe scolaire Léo-Lagrange complète le tableau. Le marché publié cette semaine porte sur un nouveau bâtiment élémentaire, des locaux médico-sociaux et l’extension-réhabilitation du restaurant scolaire. Le coût prévisionnel de la tranche 1 a été fixé à 10,7 millions d’euros toutes taxes comprises. Là encore, l’investissement public sert d’abord à absorber les conséquences concrètes du renouvellement urbain: nouvelles circulations, nouveaux besoins d’accueil, maintien du service scolaire pendant les travaux.

Pour les entreprises du Rhône, la leçon est assez nette. En 2024, les collectivités territoriales et leurs établissements ont conclu 159 435 marchés pour 100,7 milliards d’euros. Les petites et moyennes entreprises en ont capté 63 % en nombre, mais seulement 35 % en montant. Il y a donc un vrai terrain pour les PME, bureaux d’études, spécialistes du tri, du recyclage, de la maintenance, du numérique ou de la rénovation. Mais ce terrain est de plus en plus exigeant. La bataille se joue moins sur quelques grands projets vitrine que sur une masse de marchés plus opérationnels, plus réguliers et plus encadrés.

Le printemps lyonnais le montre bien: l’argent public local part d’abord là où le territoire peut casser. Puis il paie pour éviter la panne.