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Dans les cimetières franciliens, laisser pousser l’herbe demande du travail

Dans 45 cimetières d’Île-de-France, la flore est remarquablement riche, mais certains animaux sont moins favorisés. À Versailles, les jardiniers doivent aussi expliquer leurs choix.

Illustration - Herbes entre des tombes

Au cimetière des Gonards, à Versailles, une équipe de 13 agents entretient plus de 16 000 sépultures. Certains espaces entre les tombes restent volontairement en herbe. Ailleurs, les jardiniers désherbent à la main. À l’entrée, des panneaux expliquent cette manière de travailler. Les remarques des visiteurs sont consignées dans un carnet. Car une herbe qui pousse n’a pas toujours la même signification pour celui qui l’entretient et pour celui qui vient se recueillir.

Le 18 novembre, l’Agence régionale de la biodiversité (ARB) présentera les résultats d’une enquête menée de 2020 à 2023 dans 45 cimetières des huit départements franciliens. Ces lieux abritent une flore remarquable, mais ne constituent pas forcément de bons refuges pour tous les animaux.

Des plantes rares, mais moins de hérissons qu’ailleurs

Entre 2020 et 2022, les naturalistes ont recensé 513 espèces de plantes, 74 espèces d’oiseaux et 16 espèces de chauves-souris dans les cimetières étudiés. À Arcueil, dans le Val-de-Marne, ils ont notamment observé la renoncule à petites fleurs.

Comparée à celle des autres milieux étudiés, la flore des cimetières apparaît globalement plus riche et compte davantage d’espèces rares. Les espaces minéraux, chauds et secs peuvent accueillir des plantes que l’on rencontre moins fréquemment dans les espaces verts ordinaires.

Cette richesse ne se retrouve pas chez tous les animaux. Les hérissons ont été détectés dans 32 cimetières, mais les analyses les montrent moins abondants que dans les autres milieux de comparaison. Les insectes pollinisateurs y sont également moins nombreux et moins diversifiés.

En pleine ville, les cimetières peuvent offrir aux oiseaux et aux chauves-souris des refuges devenus rares ailleurs. À la campagne, les oiseaux privilégient davantage les milieux naturels environnants.

Et davantage de végétation ne profite pas automatiquement à toutes les espèces. Les espaces arborés favorisent certains oiseaux et chauves-souris, tandis que des pollinisateurs préfèrent les milieux ouverts et ensoleillés. Une prairie, un alignement d’arbres et un recoin de gravier n’accueillent pas la même vie.

Quand une herbe folle ressemble à un abandon

Depuis juillet 2022, l’usage des désherbants chimiques est largement interdit dans les cimetières. Les communes doivent donc entretenir autrement leurs allées et leurs espaces plantés. Mais la difficulté n’est pas seulement technique.

Dans un parc, une prairie laissée libre peut séduire. Au pied d’une tombe, les mêmes herbes peuvent donner le sentiment que personne ne prend soin du lieu.

À Versailles, cette différence de perception ne date pas d’hier. Dans un reportage publié en 2019 par Le Parisien, un visiteur regrettait la suppression du ciment devant la sépulture d’un proche : « On ne nous a pas demandé notre avis. » Une autre visiteuse appréciait au contraire les nouveaux parterres d’herbe, qu’elle trouvait propres et de plus en plus agréables.

Aux Gonards, la gestion écologique a commencé dès 2009. Le cimetière, labellisé EcoJardin en 2012, associe prairies, espaces boisés, plantations choisies et désherbage manuel ou thermique. Il n’est pas éclairé la nuit, ce qui limite les perturbations pour la faune nocturne.

Les jardiniers expliquent leurs choix aux familles. Chaque remarque inscrite dans le carnet de liaison reçoit une réponse.

Apprendre à regarder autrement

Les résultats complets de l’enquête seront présentés mercredi 18 novembre, de 10 h à 12 h. La Ville de Versailles y partagera son expérience des Gonards. Le public peut s’inscrire à la restitution de l’étude « Cimetières vivants ».

Cette manière de regarder le cimetière avait déjà fait son chemin à Versailles. En septembre, pour les Journées européennes du patrimoine, la Ville proposait un parcours consacré à la biodiversité des Gonards. Sa dernière étape : une initiation au comptage des papillons dans une prairie du cimetière.

Sources consultées
  1. Agence régionale de la biodiversité en Île-de-FranceÉtude « Cimetières vivants », restitution du 18 novembre 2026
  2. Agence régionale de la biodiversité en Île-de-FranceÉtude « Cimetières vivants », résultats de l'analyse des données 2020 à 2022
  3. Label EcoJardinCimetière des Gonards
  4. Ministère chargé de la Transition écologiquePesticides, pollutions diffuses
  5. Le ParisienVersailles : grâce au zéro phyto, le cimetière des Gonards est aussi un jardin
  6. Ville de VersaillesVisite thématique de la biodiversité du cimetière des Gonards