
À partir du 2 novembre, les caisses mobiles de Franprix ne seront plus débarquées au port de la Bourdonnais, au pied de la tour Eiffel. Après quatorze ans, l’enseigne arrête sa liaison fluviale entre Bonneuil-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, et Paris. Le circuit desservait quelque 300 magasins de Paris et de l’ouest parisien, avec environ 150 livraisons quotidiennes. Il transportait près d’un quart des volumes franciliens d’épicerie et de boissons.
Chaque jour, 44 caisses mobiles prenaient la direction du port de Bonneuil. Les trois quarts provenaient de l’entrepôt de Chennevières-sur-Marne, où Franprix prépare notamment ses produits d’épicerie. Le reste arrivait de son entrepôt de Bonneuil, principalement pour les boissons et les marchandises volumineuses. Une barge parcourait ensuite une vingtaine de kilomètres sur la Marne et la Seine jusqu’à la Bourdonnais. À Paris, les camions du transporteur XPO reprenaient les caisses pour livrer les magasins.
Le bateau ne remplaçait donc pas les camions : il s’intercalait entre deux trajets routiers, avec une manutention à chaque extrémité.
L’un des points de friction se trouvait précisément avant l’embarquement. L’entrepôt de Chennevières est situé à 7,5 kilomètres du port de Bonneuil. Mais Franprix affirme que les ensembles routiers de 44 tonnes transportant deux caisses mobiles devaient parcourir 25 kilomètres pour rejoindre le port par les itinéraires autorisés.
Cette contrainte s’inscrit dans une politique municipale qui a aussi ses raisons. Depuis août 2021, Chennevières-sur-Marne interdit aux véhicules de plus de 6,5 tonnes plusieurs rues de la commune. L’arrêté municipal vise à protéger les quartiers résidentiels, les abords des écoles, les piétons et les cyclistes, tout en limitant l’usure des chaussées. Les poids lourds sont invités à emprunter les axes de contournement adaptés.
À cette difficulté s’ajoutent les coûts de navigation, de manutention et d’entretien des équipements, ainsi que les investissements nécessaires au maintien du dispositif. Franprix reconnaît que le fluvial était déjà plus cher qu’une organisation routière classique à son lancement. L’écart se serait accentué au fil des investissements, tandis que les aides publiques contribuant à l’équilibre du dispositif restaient incertaines.
Le retour à la route s’accompagne désormais d’un investissement dans l’électrification. À Chennevières, Franprix a équipé son entrepôt de 57 bornes de recharge, dont 14 rapides, pour un investissement d’environ un million d’euros. Le nombre de poids lourds électriques doit passer de 17 à 32 au premier trimestre 2027. XPO doit fournir quinze nouveaux tracteurs électriques pour les livraisons parisiennes. À Bonneuil, huit camions roulant au biocarburant B100 seront conservés.
Franprix estime que les économies d’exploitation de sa flotte électrique, ajoutées à la suppression des manutentions portuaires, rendront la route moins coûteuse.
Les tournées seront aussi moins nombreuses. Depuis le port de la Bourdonnais, les camions pouvaient effectuer trois tournées quotidiennes. Au départ des entrepôts du Val-de-Marne, ils n’en effectueront plus que deux : ils devront revenir à leur base entre les tournées. Franprix prévoit donc des livraisons légèrement plus lentes.
Reste la question environnementale. L’enseigne affirme que le nouveau dispositif réduira aussi les émissions de gaz à effet de serre, grâce aux véhicules électriques, au B100 et à la suppression des détours vers le port. Aucun bilan carbone comparatif chiffré de cette nouvelle organisation n’a toutefois été publié.
Lors du lancement en 2012, le groupe Casino annonçait 450 000 kilomètres routiers évités chaque année et 37 % d’émissions de CO₂ en moins, à condition que la barge atteigne son chargement optimal. Ces chiffres étaient des projections établies pour le dispositif de l’époque, et non une comparaison avec la flotte électrique et au B100 qui lui succède.
Le 2 novembre, les 44 caisses ne descendront donc plus la Seine. Elles quitteront directement les entrepôts de Chennevières et de Bonneuil par la route. Après quatorze ans, les opérations de transbordement de Franprix s’arrêteront au port de la Bourdonnais.
Sources consultées
- Mairie de Chennevières-sur-MarneArrêté permanent réglementant la circulation des véhicules de plus de 6,5 tonnes
- Stratégies LogistiqueFranprix renonce à la logistique urbaine fluviale pour ses magasins parisiens
- Supply Chain MagazineFranprix renonce au fluvial parisien pour le TRM électrique
- Groupe CasinoInauguration of “Franprix takes to the Seine”