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Carottes, porcs, sorgho : l'autre industrie alimentaire d'Île-de-France

Au SIAL de Villepinte, trois lauréats dévoilent une industrie alimentaire méconnue : légumes transformés à Provins, filière porcine à Houdan et sirop de sorgho à Palaiseau.

Illustration d'une usine alimentaire francilienne

À Provins, des tonnes de carottes sont lavées, épluchées, découpées en rondelles, parfois surgelées, avant de rejoindre les cantines de Seine-et-Marne. Dans un autre atelier, des volailles sont découpées et transformées, notamment en nuggets. Ce travail peu visible est pourtant essentiel : pour servir des produits locaux à des milliers d’élèves, disposer de fermes à proximité ne suffit pas. Il faut aussi des usines.

Trois lauréats du concours régional IdFood 2026 illustrent cette industrie. Leur distinction trouve un écho au Salon international de l’alimentation (SIAL), organisé du 17 au 21 octobre à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. À Provins, on transforme pour les cantines. À Houdan, on préserve une filière porcine. À Palaiseau, on cherche à fabriquer un nouveau sirop à partir de sorgho.

À Provins, six activités pour approvisionner les cantines

Approv’Halles, créée par le Département de Seine-et-Marne et la Région Île-de-France, réunit six activités sur un même site : préparation des fruits et légumes, découpe de volailles, conserverie, surgélation, production de froid et logistique.

La plateforme n’est pas une cuisine centrale. Elle fournit aux établissements des ingrédients bruts ou transformés que les équipes préparent ensuite sur place. Une organisation qui permet à des exploitations agricoles de répondre à la demande de la restauration collective sans devoir elles-mêmes laver, découper, conditionner et distribuer leurs récoltes.

En octobre 2025, la Région indiquait que l’usine travaillait avec 80 fermes franciliennes et approvisionnait 180 établissements de Seine-et-Marne. Sa capacité annoncée permettrait de fournir les ingrédients nécessaires à la préparation de 130 000 repas par jour.

De tels volumes imposent une logistique rigoureuse. Lors de son lancement, à la rentrée 2024, le SNES-FSU avait signalé dans des collèges seine-et-marnais des erreurs de commande, des livraisons irrégulières et des produits manquants.

L’extension annoncée aux lycées de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne reste difficile à mesurer : aucun bilan public récent ne précise combien sont déjà approvisionnés.

À Houdan, un abattoir devenu rare

Dans les Yvelines, les établissements Guy Harang, intégrés à la coopérative Cooperl depuis 2019, possèdent un outil industriel d’une autre nature : le dernier abattoir de porcs d’Île-de-France.

Modernisé et rebaptisé Paris Terroirs en 2025, le site traitait alors environ 1 500 porcs par semaine, soit 80 000 par an, selon le magazine spécialisé Process Alimentaire. Son activité a été recentrée sur plusieurs filières territoriales, dont Le Cochon du Bassin Parisien.

Cette marque commercialise des viandes issues d’animaux élevés dans un rayon de 200 kilomètres autour de Paris, puis transformées à Houdan. Le périmètre dépasse donc les frontières franciliennes.

Le site permet de garder l’abattage et la découpe à proximité du marché parisien. Sans lui, les éleveurs concernés devraient faire transformer leurs animaux ailleurs. Guy Harang expose au SIAL sur le pavillon régional.

À Palaiseau, le sucre pourrait venir des tiges de sorgho

Sirgho, accompagnée par le Farm’InnLab d’AgroParisTech à Palaiseau, se situe beaucoup plus en amont. L’entreprise développe un sirop à partir de sorgho, une plante cultivée notamment dans le Sud-Ouest et capable de supporter des périodes de sécheresse.

Contrairement à la betterave sucrière, dont le sucre est extrait des racines, certaines variétés de sorgho permettent de récupérer les sucres présents dans leurs tiges. Celles-ci sont pressées, puis le jus est filtré et concentré par évaporation.

Les fondateurs, Camille Garcia-Couderc et Martin Ajas, expliquaient en 2025 à Agra Presse devoir adapter des équipements existants pour améliorer le rendement d’extraction et maîtriser le goût final. Une parcelle expérimentale de 1,5 hectare avait alors été semée chez un agriculteur partenaire.

Déjà primé au concours Ecotrophelia en juin 2026, Sirgho reste présenté sur son propre site comme un produit en développement. Ses performances économiques et environnementales à l’échelle industrielle ne sont pas encore démontrées.

À Provins et à Houdan, les installations produisent déjà. À Palaiseau, Sirgho doit encore assurer une production régulière, maîtriser ses coûts et obtenir un sirop au goût constant pour convaincre ses premiers acheteurs.

Sources consultées
  1. Région Île-de-FranceIdFood 2026 : l’innovation alimentaire francilienne récompensée avant le SIAL Paris
  2. Région Île-de-FranceApprov’Halles met du local au menu des cantines des lycées
  3. SNES-FSU CréteilMise en place du nouveau système de restauration : des dysfonctionnements qui auraient dû être anticipés
  4. Process AlimentaireCooperl lance une nouvelle stratégie avec Paris-Terroirs
  5. AgroParisTechProjets accompagnés au Farm'InnLab
  6. Agra PresseSirgho innove avec son sirop de sorgho français