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Grève des bus en Île-de-France : deux dépôts presque à l’arrêt, onze mois après leur transfert à RATP Cap

Plus de 90 % de grévistes selon FO, des bus perturbés dans quatre départements : le conflit porte sur les paies et les conditions de travail depuis le transfert à RATP Cap.

Illustration - Bus dans un centre-bus francilien

Vendredi 16 octobre, à 6 h 05, seuls trois bus avaient quitté les centres-bus d’Asnières-sur-Seine et de Pleyel, à Saint-Denis, selon un responsable Force ouvrière interrogé sur place par Le Parisien. Le syndicat annonce plus de 90 % de conducteurs grévistes. Le mouvement a fortement perturbé vendredi matin le réseau Boucle Nord de Seine, qui dessert Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise.

Onze mois plus tôt, les mêmes dépôts avaient changé d’exploitant. Les conducteurs travaillaient toujours pour le groupe RATP, mais plus pour le même employeur. Depuis ce transfert à une filiale privée, ils dénoncent des erreurs de paie, des dépassements d’horaires et des engagements sociaux qu’ils estiment non respectés.

Des lignes supprimées dans quatre départements

La veille, la mairie de Bois-Colombes avait relayé des prévisions annonçant 16 lignes et services sans circulation et quatre autres fortement perturbés.

Parmi les suppressions annoncées figuraient les lignes parisiennes 66 et 74, la 178 qui dessert notamment Bois-Colombes et La Défense, ou encore la 340 reliant le secteur d’Argenteuil à Asnières. Les lignes 137, 235 et 237 devaient fonctionner de façon très réduite. Les dessertes locales Bus du Port et River Plaza figuraient également parmi les services supprimés.

Ces prévisions ont été suivies d’une mobilisation massive vendredi matin. Un responsable FO faisait état de 412 grévistes sur 450 salariés dans les deux dépôts. Aucun bilan consolidé des courses effectivement assurées dans la journée n’était toutefois disponible dans les informations vérifiées.

Les voyageurs sont invités à consulter les perturbations et rechercher un itinéraire alternatif sur l’application Île-de-France Mobilités avant de partir. Le métro, le tramway et le train permettent certains trajets de remplacement, sans desservir tous les quartiers concernés.

Un changement d’employeur, des fiches de paie contestées

Le 1er novembre 2025, l’exploitation du réseau Boucle Nord de Seine est passée de la RATP, établissement public, à RATP Cap Boucle Nord de Seine, société de droit privé appartenant au même groupe.

Cette opération fait partie de l’ouverture à la concurrence des bus franciliens. Île-de-France Mobilités attribue désormais les réseaux par appel d’offres. Pour la Boucle Nord de Seine, la RATP a remporté le contrat par l’intermédiaire de sa filiale.

Pour les conducteurs, le transfert devait s’accompagner d’une garantie : conserver leur niveau de rémunération à durée de travail équivalente.

Or FO affirme que les erreurs se répètent depuis plusieurs mois. Certains salariés auraient reçu des paies inférieures aux sommes dues. D’autres auraient subi des retenues destinées à récupérer des montants versés en trop, sans explication préalable. Le syndicat évoque des écarts pouvant atteindre plusieurs centaines d’euros.

Un autre grief concerne la commission chargée d’examiner les questions de paie. Prévue par un accord selon un représentant FO interrogé par Le Parisien, elle n’aurait jamais été réunie depuis le transfert.

Le conflit ne se limite pas aux salaires. Les conducteurs réclament du chauffage dans tous les bus, la fin des dépassements d’horaires imposés en fin de service et le retour des régulateurs dans les centres-bus. FO accuse également certains responsables de pressions disciplinaires et de comportements agressifs.

La régulation joue un rôle essentiel dans leur journée : elle adapte les horaires et les trajets aux retards, aux incidents et aux difficultés de circulation. Une consigne de poursuivre le service peut donc modifier directement l’heure à laquelle un conducteur termine son travail.

Des garanties prévues, mais des désaccords qui persistent

La réglementation encadre pourtant le transfert des salariés de la RATP vers les nouveaux exploitants. Elle garantit une rémunération annuelle calculée à partir des douze mois précédant le changement d’employeur, hors éléments exceptionnels.

Lorsque la nouvelle rémunération est inférieure au montant garanti, l’exploitant doit verser une indemnité différentielle, avec des paiements mensuels et une régularisation annuelle.

Cette protection ne signifie pas que chaque ligne de l’ancien bulletin de salaire doit être reproduite à l’identique. Le treizième mois, dont FO réclame l’application effective, doit notamment entrer dans le calcul de la rémunération garantie. Son versement séparé dépend des dispositions applicables.

Île-de-France Mobilités avait également annoncé des audits des premières fiches de paie des salariés transférés, assortis de possibles sanctions contractuelles en cas d’erreur manifeste.

RATP Cap est responsable de la paie et de l’organisation du travail. Île-de-France Mobilités, qui lui confie l’exploitation du réseau, doit contrôler le respect des obligations contractuelles. Aucun résultat de contrôle propre à ce réseau n’a été identifié dans les sources consultées.

Les erreurs dénoncées n’ont pas été établies par une vérification indépendante rendue publique. Interrogées par Le Parisien avant la grève, la RATP et Île-de-France Mobilités n’avaient pas souhaité commenter le conflit. Cette dernière avait renvoyé les négociations à l’employeur, RATP Cap.

FO réclame désormais des négociations, des engagements écrits et un calendrier précis. À Asnières et à Pleyel, les salariés attendent notamment une réponse sur la commission salariale, que le syndicat affirme n’avoir jamais vue se réunir depuis le changement d’employeur.

Sources consultées
  1. Force ouvrière, Fédération nationale des transports et de la logistiqueDSP 42 plus de 90 % de machinistes grévistes : les salariés refusent de payer le prix de la concurrence
  2. Ville de Bois-ColombesPerturbation du trafic des bus
  3. Le Parisien« C’est historique… » : les centre-bus de Pleyel et Asnières (presque) à l’arrêt, la grève massivement suivie ce vendredi
  4. Le Parisien« Aucun bus ne roulera » : mouvement de grève à Asnières et Saint-Denis Pleyel un an après l’ouverture à la concurrence
  5. RATP Cap Île-de-FranceLe réseau Boucle Nord de Seine
  6. Île-de-France MobilitésFAQ Garantie de rémunération