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Une préfecture surgie des champs, une caserne habitée : huit promenades dans l’Île-de-France méconnue

À Cergy, une pyramide de béton a précédé la ville nouvelle. À Montrouge, une caserne abrite 38 logements. Huit promenades gratuites à découvrir sur Détour dès le 17 octobre.

Illustration - Une préfecture et des quartiers franciliens

Les 17 et 18 octobre 2026, huit promenades architecturales invitent à découvrir l’Île-de-France autrement, une dans chaque département. Des immeubles ordinaires aux villes nouvelles, elles racontent comment la région s’est construite, parfois sur d’anciennes terres agricoles, parfois sur d’anciens sites industriels.

Conçus par les huit Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) franciliens pour les Journées nationales de l’architecture, ces itinéraires gratuits rejoindront dès le 17 octobre l’application Détour. Les visites guidées affichent presque toutes complet, mais les parcours resteront accessibles en autonomie.

À Cergy, on a construit la préfecture avant la ville nouvelle

En juillet 1970, au milieu des champs du Val-d’Oise, un étrange bâtiment en forme de pyramide inversée est inauguré. C’est la nouvelle préfecture, dessinée par Henry Bernard, l’architecte de la Maison de la Radio à Paris.

Elle précède les commerces, les bureaux et les logements qui formeront le cœur de Cergy-Pontoise. L’État installe d’abord son bâtiment, puis le nouveau quartier prend forme. L’opération ne se fait pas sans résistance : en 1969, des agriculteurs opposés à l’expropriation de leurs terres occupent le chantier.

Aujourd’hui, cette pyramide de béton domine un quartier construit sur dalle. À quelques kilomètres, les berges de l’Oise conservent les traces de l’ancien village de Cergy. Le parcours de 6,5 kilomètres, entre les gares de Cergy-Préfecture et de Cergy-Saint-Christophe, permet de mesurer ce que cinquante ans d’urbanisme ont changé.

À Montrouge, une caserne de pompiers avec 38 appartements

Autre histoire, autre façon de fabriquer la ville. Entre 1946 et 1970, Montrouge, aux portes de Paris, voit construire près de 7 300 appartements, contre seulement 74 maisons. Les ateliers, les usines et les petites maisons cèdent progressivement la place aux immeubles collectifs.

Cette transformation a laissé quelques constructions étonnantes. Au 53, rue de la Vanne, une caserne de pompiers réalisée dans les années 1960 par Jean Renaudie et l’Atelier de Montrouge intègre également 38 logements sociaux, dont environ un tiers destinés aux pompiers, ainsi que des commerces. Même la tour d’exercice a été pensée comme une sculpture.

La caserne illustre les recherches architecturales de cette époque à Montrouge. La nouvelle promenade de 5,5 kilomètres, consacrée aux architectures du collectif, explore les logements construits pendant ces décennies.

À Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, les transformations se sont accumulées sur plusieurs siècles. Un parcours de deux kilomètres relie la Fabrique de la Ville à la basilique, nécropole des rois de France, en traversant le centre historique. Dans les rues alentour se rencontrent l’héritage royal, la mémoire ouvrière et les réalisations d’architectes comme André Lurçat, Renée Gailhoustet ou Oscar Niemeyer. La ville médiévale et celle de la ceinture rouge partagent le même centre.

Des rivières, des trains et des terres agricoles

Ailleurs, ce sont les paysages qui expliquent l’architecture.

À Meaux, en Seine-et-Marne, les méandres de la Marne et le canal de l’Ourcq ont façonné les quartiers. La promenade de trois kilomètres part des anciens Moulins de Meaux, à Villenoy, pour rejoindre le centre-ville, où une passerelle relie notamment la Grande Île médiévale aux autres rives.

Dans les Yvelines, Rambouillet raconte comment l’arrivée du chemin de fer au XIXe siècle a transformé une ville connue pour son château et sa forêt. En Essonne, une randonnée de 12,7 kilomètres relie les Grands Moulins de Corbeil aux anciennes fermes du plateau de Sénart, sur des terres progressivement gagnées par l’urbanisation.

L’histoire du logement se poursuit à Paris, entre les habitations à bon marché du début du XXe siècle et les constructions contemporaines en bois de La Villette. Au Val-de-Fontenay, dans le Val-de-Marne, le groupe scolaire Édouard-Vaillant-Couturier et la Rotonde conçue par Oscar Niemeyer rappellent les ambitions architecturales des années 1970.

Comment profiter des huit parcours ?

Au 13 octobre, sept des huit promenades guidées affichent complet. Même le créneau supplémentaire proposé à Saint-Denis le dimanche après-midi est rempli.

Une possibilité subsiste en Essonne : la randonnée de Corbeil-Essonnes à Saint-Pierre-du-Perray, dimanche 18 octobre de 9 h 45 à 17 h. Elle est gratuite, mais demande une bonne journée de marche, un pique-nique et un titre de transport pour le retour. Il est encore possible de s’inscrire à la randonnée de Sénart.

Pour les autres, les huit nouveaux itinéraires seront disponibles dès le samedi 17 octobre sur l’application gratuite Détour, aux côtés des 40 promenades Archipel Francilien des éditions précédentes. L’application propose cartes, explications, photographies et contenus audio pour découvrir les lieux à son rythme. Les ouvertures exceptionnelles de bâtiments prévues pendant les visites guidées ne sont pas garanties en autonomie.

À Cergy, on pourra ainsi repartir de la préfecture en pyramide inversée, suivre les quartiers de la ville nouvelle jusqu’aux bords de l’Oise et retrouver, derrière les constructions des années 1970, le paysage d’un ancien village.

Sources consultées
  1. CAUE d’Île-de-FranceArchipel Francilien, petits guides de voyages en Île-de-France
  2. Région Île-de-France, Inventaire général du patrimoine culturelPréfecture du Val-d’Oise
  3. Ville de MontrougeUne promenade architecturale à Montrouge
  4. CAUE des Hauts-de-SeineMontrouge : architectures du collectif, 1950-1970
  5. CAUE de Seine-Saint-DenisLe Centre-Ville de Saint-Denis
  6. CAUE de l’EssonneDe la vallée de la Seine au Plateau de Sénart