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Travaux publics en Île-de-France : les routes décrochent, l’électricité avance

En Île-de-France, les travaux routiers reculeraient de 20 % en 2026, tandis que les travaux électriques progresseraient de 10 %. Derrière cet écart, deux calendriers d’investissement.

Illustration - chantier routier et réseau électrique

À Paris, l’activité des entreprises de travaux routiers pourrait chuter de 30 % en 2026, contre 10 % dans les Yvelines. À l’échelle francilienne, les travaux de routes et de canalisations reculeraient chacun de 20 %. Pendant ce temps, les travaux électriques progresseraient de 10 %.

Ces prévisions, présentées le 8 octobre par la Fédération régionale des travaux publics (FRTP), révèlent des écarts considérables entre les métiers. Construire une route, rénover une conduite d’eau ou installer un réseau électrique ne dépend pas des mêmes budgets, ni des mêmes décisions.

Les communes freinent, les carnets se vident

Les travaux routiers représentent un quart de l’activité régionale. Leur principal problème est la raréfaction des nouvelles commandes, particulièrement celles des collectivités locales. Les canalisations reculent aussi, même si leurs chantiers ne relèvent pas nécessairement des mêmes budgets.

Dans son bilan de septembre 2026, la FRTP fait état d’un recul de 26 % du nombre d’appels d’offres, qui atteint 32 % pour les communes et intercommunalités.

Le renouvellement des conseils municipaux ralentit traditionnellement les investissements. Mais les contraintes budgétaires accentuent cette pause. La fédération rappelle que, lors des précédents cycles électoraux, le ralentissement des commandes communales avait duré environ 18 mois.

La baisse est également nationale. D’après la Fédération nationale des travaux publics, la valeur des marchés conclus en France entre janvier et août 2026 a reculé de 26,6 % sur un an, une fois l’inflation déduite.

Les grands chantiers peuvent continuer pendant plusieurs années sans remplacer les commandes qui disparaissent. C’est particulièrement sensible pour les entreprises de voirie, qui dépendent d’une succession de petits et moyens marchés.

Au deuxième trimestre 2026, les carnets des entreprises franciliennes représentaient en moyenne 6,9 mois de travail, contre neuf mois durant les trois trimestres précédents. Hors génie civil, cette réserve tombait à 5,1 mois.

Pourquoi les réseaux électriques tiennent mieux

L’électricité suit une autre logique d’investissement.

Une partie des chantiers est commandée par des gestionnaires comme Enedis et RTE, qui programment leurs investissements sur plusieurs années. Les réseaux électriques sont notamment financés par les tarifs d’acheminement payés sur les factures d’électricité, dans un cadre fixé par la Commission de régulation de l’énergie. Leur financement dépend donc moins directement des arbitrages budgétaires des collectivités.

En Île-de-France, Enedis a investi 765,1 millions d’euros en 2025 dans son réseau de distribution. Parmi les besoins qui alimentent cette programmation figure le Grand Paris Express : son raccordement électrique prévoit 400 kilomètres de câbles moyenne tension et 140 postes électriques, pour un investissement total annoncé de 180 millions d’euros, dont 122 millions déjà engagés.

Ces programmes ne suffisent pas à expliquer précisément les 10 % de croissance prévus par la FRTP. Ils montrent toutefois pourquoi les travaux électriques disposent de perspectives différentes de celles de l’entretien des routes.

Le génie civil et le terrassement bénéficieraient également de l’activité de grands donneurs d’ordre, avec une progression estimée à 5 % en 2026. Les métiers dépendant de commandes locales régulières sont les plus exposés au ralentissement.

En Seine-et-Marne, les machines restent au dépôt

Pour les entreprises, cette différence se mesure déjà en heures de travail perdues.

Dans un reportage publié le 12 octobre, Le Parisien décrit une PME seine-et-marnaise spécialisée dans la location d’engins avec conducteurs. Sa gérante affirme avoir perdu 44 % de son chiffre d’affaires en neuf mois. Ses pelles mécaniques et une partie de ses camions-grues restent inutilisés.

La FRTP constate également une montée des difficultés : au deuxième trimestre, 9 % des entreprises interrogées avaient recours à l’activité partielle. Plus de 30 défaillances étaient recensées sur douze mois glissants à fin juillet.

La fédération anticipe désormais une baisse de 5,1 % de l’activité régionale en 2026, suivie d’une contraction supplémentaire de 10,1 % en 2027. Ce sont des prévisions, pas des résultats acquis.

Accélérer les investissements locaux pourrait soutenir les entreprises, mais les collectivités doivent aussi financer leurs autres services et maîtriser leurs dépenses. Reporter des travaux soulage les budgets à court terme, sans faire disparaître les besoins d’entretien.

À Paris, dans les Yvelines et en Seine-et-Marne, les prochains budgets décideront du rythme des réfections de chaussées et des travaux de canalisations. Pour les entreprises dont les engins restent au dépôt, chaque chantier retardé représente aussi des journées de travail en moins.

Sources consultées
  1. FRTP Île-de-FranceTableau d'évolution de l'activité par métiers, septembre 2026, reproduit par Batiweb
  2. BatiwebÎle-de-France : l'activité des travaux publics « en net recul pour 2026 »
  3. Fédération nationale des travaux publicsBulletin mensuel de conjoncture, octobre 2026
  4. EnedisGrand Paris Express : Enedis raccorde les nouvelles lignes de métro au réseau public pour répondre à leurs besoins électriques
  5. Commission de régulation de l'énergieCalculatrice détaillée des tarifs d'utilisation des réseaux publics d'électricité
  6. Le Parisien« On travaille moitié moins » : des chefs d'entreprise de travaux publics s'alarment de la crise du secteur en Île-de-France