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Eau potable : trois usines, un milliard et plus d'électricité

À Méry-sur-Oise, une première membrane lance la modernisation de trois usines franciliennes. Une filtration plus efficace contre les polluants, mais plus gourmande en électricité.

Illustration - Membranes de filtration d'eau

Le 2 octobre, une nouvelle membrane de filtration a été installée à l’usine d’eau potable de Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise. Sa pose marque le début du déploiement industriel d’un programme de 1,07 milliard d’euros qui doit transformer trois usines franciliennes et améliorer l’eau distribuée à quatre millions d’habitants.

Le chantier vise à retenir, à l’échelle industrielle, des molécules que les traitements actuels éliminent difficilement. Avec deux contreparties : davantage d’électricité et des polluants concentrés dans une partie de l’eau rejetée vers les rivières.

Trois usines, pas trois fois le même chantier

À Méry-sur-Oise, la filtration membranaire est une vieille connaissance. Dès 1999, cette usine devenait pionnière dans la nanofiltration à grande échelle des eaux de rivière. Ses membranes arrivant en fin de vie, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) les remplace par une génération plus performante.

La situation est différente à Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, et à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis. Ces deux usines traitent respectivement les eaux de la Seine et de la Marne grâce à plusieurs étapes, notamment la filtration sur sable, l’ozonation et le charbon actif. Elles doivent désormais intégrer une nouvelle filière membranaire.

Cette différence se mesure en électricité. Selon les estimations du SEDIF, la nouvelle filtration ajoutera 0,06 kWh de consommation par mètre cube à Méry, contre 0,45 kWh à Choisy et Neuilly. Les deux dernières usines nécessiteront de nouveaux raccordements souterrains au réseau électrique de 225 000 volts.

Ensemble, les trois installations devraient consommer environ 100 GWh supplémentaires par an. Moderniser une technologie déjà maîtrisée et l’introduire dans deux grandes usines ne représente pas le même effort.

Des molécules que le charbon ne retient pas toujours

L’eau actuellement distribuée respecte les normes de potabilité. Mais certaines molécules, notamment des résidus de pesticides et des PFAS, résistent aux traitements conventionnels.

Les nouvelles filières associent nanofiltration et osmose inverse basse pression. Sous pression, l’eau traverse des membranes qui retiennent une partie des molécules dissoutes, selon leur taille et leurs propriétés chimiques.

À Choisy-le-Roi et Neuilly-sur-Marne, deux démonstrateurs au 1/250 de la taille des futures installations fonctionnent depuis 2025.

Leurs premiers résultats, publiés en août 2026, montrent une réduction de 60 à 80 % du TFA par nanofiltration. Ce composé de la famille des PFAS est particulièrement difficile à filtrer en raison de sa très petite taille.

Le SEDIF annonce une rétention supérieure à 90 % des PFAS présents dans l’eau brute avec les futures membranes d’osmose inverse basse pression. Cette performance attendue reste à confirmer à l’échelle industrielle et ne s’applique pas nécessairement de la même manière à toutes les molécules.

La technologie doit également produire une eau moins calcaire et permettre, après des essais sanitaires, de réduire fortement la chloration du réseau.

Le polluant retenu doit bien aller quelque part

Une membrane sépare les substances, elle ne les détruit pas. Une fraction de l’eau, enrichie en molécules retenues, est renvoyée vers le milieu naturel après un traitement destiné notamment à éliminer le phosphore. Celui-ci n’élimine pas significativement les micropolluants concentrés.

Cela ne signifie pas nécessairement une pollution supplémentaire : ces substances étaient déjà présentes dans l’eau prélevée en rivière. Leur concentration dans les rejets peut toutefois modifier leurs effets localement, d’où la nécessité de les surveiller.

À Méry, trois campagnes de tests réalisées entre 2019 et 2023 sur des gammares, de petits crustacés d’eau douce, n’ont pas révélé d’effet toxique marqué des rejets existants sur leur alimentation. Ces observations ne couvrent pas tous les effets possibles des futures installations.

Cette filtration renforcée a aussi un prix pour les ménages. Le syndicat estime le supplément à 40 centimes par mètre cube en 2032, soit quatre euros mensuels pour une consommation de 10 m³. Il prévoit des économies liées à la diminution du calcaire, mais leur montant réel dépendra des usages domestiques.

À Méry-sur-Oise, les huit files de membranes doivent être renouvelées avant fin 2027. Les travaux sont annoncés pour novembre 2026 à Choisy-le-Roi et début 2027 à Neuilly-sur-Marne, sous réserve de son autorisation environnementale. Les deux nouvelles filières doivent être pleinement opérationnelles vers 2032.

À Méry, dès 2028, un premier secteur desservi par l’usine doit expérimenter la distribution d’une eau très peu chlorée, voire non chlorée. Ce sera l’un des premiers résultats du chantier perceptibles au robinet.

Sources consultées
  1. Syndicat des eaux d'Île-de-FranceLe SEDIF pose la première membrane haute performance à Méry !
  2. Syndicat des eaux d'Île-de-FrancePilotes membranaires haute performance : des résultats très prometteurs
  3. Concertation continue SEDIFLa filtration membranaire haute performance
  4. Concertation continue SEDIFQuestions
  5. Commission nationale du débat publicRapport final de la concertation continue sur le projet d'amélioration de la qualité de l'eau potable
  6. BiomaeÉvaluation de l'impact des rejets de l'usine de production d'eau potable de Méry-sur-Oise sur le milieu récepteur : résultats des campagnes de mesure de 2019, 2022 et 2023