
À Paris, l’emploi industriel a bondi de 12 % entre 2020 et 2024. Dans les Yvelines, il a reculé de 6,5 %. Ces deux chiffres, publiés le 8 octobre par l’Insee, résument une reprise paradoxale : l’Île-de-France recrée des emplois industriels, mais pas nécessairement là où l’on trouve ses usines.
La région compte désormais 456 000 emplois industriels, soit 14 500 de plus qu’en 2020. Elle produit 62 milliards d’euros de valeur ajoutée, représentant 17,5 % du total industriel français. C’est la première région de France pour cette richesse produite, alors que l’industrie ne représente que 6,6 % de ses emplois.
Le paradoxe s’explique en partie par ce que les statistiques appellent « industrie ».
À La Défense, l’industrie travaille aussi dans des bureaux
Quatre salariés industriels franciliens sur dix sont cadres, contre deux sur dix en France. Les ouvriers ne représentent qu’un quart des effectifs, contre 46 % nationalement.
L’Insee comptabilise les emplois des établissements industriels, qu’ils concernent la fabrication, la conception, la recherche ou la direction. Elle inclut aussi les activités d’énergie, d’eau et de traitement des déchets. Un ingénieur travaillant sur un futur avion et un ouvrier assemblant ses composants peuvent ainsi appartenir à la même catégorie statistique.
La carte des emplois industriels ne se confond donc pas avec celle des usines.
En 2023, le territoire de Paris Ouest La Défense concentrait 49 160 emplois industriels, contre 26 060 dans Grand Paris Seine et Oise, autour de Poissy et de la vallée de la Seine.
Mais dans le premier territoire, ces emplois représentaient seulement 9,2 % des salariés. Dans le second, près de 30 %. Une décision prise par un constructeur peut donc bouleverser un bassin d’emploi bien davantage que ne le suggère sa part dans l’emploi régional.
Les Hauts-de-Seine concentrent à eux seuls 23 % des emplois industriels franciliens. Leur progression de 7,1 % depuis 2020 repose notamment sur la chimie, la pharmacie, l’électronique et l’énergie. Paris, où l’industrie ne représente que 3 % de l’emploi total, se distingue notamment par le luxe, la pharmacie et les industries créatives.
Chimie en hausse, matériels de transport en baisse
Les effectifs évoluent aussi très différemment selon les secteurs. Entre 2020 et 2023, l’emploi salarié des établissements industriels a progressé de 9,9 % dans la chimie, de 9,3 % dans l’agroalimentaire et de 6,1 % dans l’électronique francilienne.
L’Essonne, où cette dernière activité représente un quart des salariés industriels, gagne 6,9 % d’emplois industriels entre 2020 et 2024. La Seine-et-Marne progresse de 3,6 %, avec un tissu plus diversifié où la métallurgie conserve une place importante.
La hausse est plus limitée en Seine-Saint-Denis (+1,7 %), où les activités d’énergie, d’eau et de déchets sont bien représentées, et dans le Val-de-Marne (+0,5 %). Le Val-d’Oise recule légèrement (-0,4 %).
Un secteur suit la direction opposée : la fabrication de matériels de transport, dont les effectifs franciliens ont diminué de 5,1 % entre 2020 et 2023.
En 2026, l’automobile reste en difficulté. Dans une autre publication récente, l’Insee constate que les heures rémunérées continuent de diminuer dans l’automobile, alors qu’elles progressent dans l’industrie hors automobile. Au deuxième trimestre, l’emploi industriel régional augmente encore de 0,2 %.
Poissy, ou le prix d’une reconversion
Les Yvelines concentrent près de la moitié des 64 000 emplois franciliens dédiés à la filière automobile, selon une étude Insee de juin 2026. À Guyancourt, le Technocentre Renault illustre la puissance de la conception. À Flins, l’assemblage de voitures a cédé la place à des activités d’économie circulaire.
À Poissy, dernière usine francilienne produisant des automobiles, Stellantis prépare une transformation comparable.
Le constructeur a annoncé en avril un investissement supérieur à 100 millions d’euros pour développer la fabrication de pièces, leur reconditionnement, la transformation de véhicules et l’impression 3D. Il vise le maintien de 1 000 postes ouvriers en 2030.
Cette reconversion s’accompagnera d’une réduction des effectifs. Selon les chiffres communiqués par Stellantis en avril, environ 1 580 ouvriers travaillaient effectivement sur le site. Le constructeur prévoit quelque 1 200 ouvriers actifs en 2030, correspondant à 1 000 postes. Il compte sur les départs naturels et volontaires pour réaliser cette diminution.
Stellantis annonçait également une poursuite de l’assemblage automobile jusqu’à fin 2028 au moins. Mais Le Monde indiquait le 30 septembre que celui-ci pourrait cesser dès 2027. Ce calendrier reste à clarifier.
Le projet doit maintenir une activité industrielle à Poissy, mais avec moins d’ouvriers. Pour les salariés et les sous-traitants, les nouvelles productions devront compenser, au moins en partie, la disparition de l’assemblage automobile.
Après trois décennies durant lesquelles la région a perdu plus de 400 000 emplois industriels, la reprise de 14 500 postes représente une inflexion réelle. Elle ne dit pas combien de capacités de fabrication ont été retrouvées.
À Poissy, Stellantis prévoit une troisième ligne de presse, la modernisation du ferrage et un nouvel atelier de peinture pour fabriquer des pièces et des sous-ensembles. C’est dans ces ateliers, et dans les emplois qu’ils conserveront, que se jouera la reconversion.
Sources consultées
- InseeL’industrie francilienne : un nouveau souffle après une longue période de désindustrialisation
- InseeAu deuxième trimestre 2026, l’industrie soutient l’activité économique morose en Île-de-France
- InseeFilière automobile francilienne : essor de l’électrification, recul de l’emploi industriel
- StellantisStellantis donne un futur industriel pérenne à son site de Poissy
- RTLStellantis annonce la fin de la production d'automobiles à Poissy après 2028, une « saignée » alerte un syndicat
- Le MondeStellantis va arrêter momentanément quatre usines en France et placer plus de 8 000 salariés en chômage partiel