
En juin 2026, les décès à domicile ont augmenté de 137 % dans le Grand Paris, contre 23 % en France métropolitaine. Dans les établissements de santé de la capitale et de la petite couronne, la hausse n’était que de 12 %. Ces écarts ressortent d’une étude publiée en octobre par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), fondée sur des données provisoires de l’Insee.
Au total, 1 922 personnes sont décédées à domicile en juin dans les quatre départements du Grand Paris, soit 1 109 de plus que la moyenne des mois de juin 2024 et 2025. En juin 2026, 40 % des décès sont survenus à domicile, contre 25 % lors des deux mois de juin précédents. Ces chiffres concernent toutes les causes de mortalité : ils ne permettent pas d’établir combien de personnes sont mortes à cause de la chaleur.
Une surmortalité concentrée au cœur de l’agglomération
La hausse concerne les quatre départements : +171 % de décès à domicile à Paris, +127 % dans les Hauts-de-Seine, +108 % en Seine-Saint-Denis et +119 % dans le Val-de-Marne. À Paris seulement, 478 décès supplémentaires ont été enregistrés à domicile.
Le phénomène dépasse les seuls domiciles. Tous lieux confondus, la mortalité a progressé de 47 % dans le Grand Paris en juin, contre 12 % en France métropolitaine, sur la moyenne 2023-2025. Les quatre départements concentrent ainsi 68 % des décès supplémentaires recensés en Île-de-France.
La chaleur accumulée dans les villes pourrait contribuer à expliquer cette différence. Le 24 juin, la moyenne des températures maximales relevées dans quatre stations météorologiques du Grand Paris a atteint 41,3 °C. Le lendemain, la moyenne des températures minimales était encore de 24,9 °C.
En ville, les bâtiments et les surfaces minérales emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit. Météo-France souligne que cet effet d’îlot de chaleur est particulièrement prononcé dans l’agglomération parisienne, empêchant les températures de redescendre aussi rapidement qu’en périphérie rurale.
Mais l’exposition ne dépend pas uniquement du quartier. Une enquête de l’Apur réalisée en 2024 auprès de dix foyers montrait combien les logements sous toiture, les appartements ouverts sur une seule façade ou dépourvus de protections solaires pouvaient devenir difficiles à rafraîchir.
Ces conditions peuvent aggraver l’exposition à la chaleur. Mais les données de mortalité ne renseignent ni sur la température des logements des défunts, ni sur leur état de santé, ni sur leur éventuel isolement. Elles ne permettent donc pas d’expliquer précisément l’écart de 137 %.
Des adultes que la prévention doit aussi atteindre
L’étude révèle une autre particularité : les décès ont augmenté de 60 % chez les 50-64 ans, avec 614 morts contre 384 en moyenne lors des trois mois de juin précédents. À Paris, cette progression atteint 85 %.
Les personnes âgées restent les premières concernées en nombre : 1 952 défunts avaient 85 ans ou plus. Leur mortalité a toutefois augmenté moins rapidement, de 44 %.
Depuis la catastrophe de 2003, les dispositifs de surveillance ont été particulièrement développés pour les personnes âgées et handicapées. À Paris, le programme REFLEX permet aux personnes de 60 ans et plus ou en situation de handicap de s’inscrire pour recevoir des appels de suivi pendant les épisodes de chaleur.
Une partie des 50-64 ans peut donc déjà bénéficier de cette protection. Mais les personnes plus jeunes atteintes de maladies chroniques, notamment lorsqu’elles vivent seules, ne sont pas nécessairement identifiées par ces dispositifs. L’Apur évoque leur vulnérabilité possible lors d’une canicule survenant dès le mois de juin.
Prévenir le danger ne suffit pas à rafraîchir un logement
Les appels et les visites peuvent repérer une personne en difficulté et organiser une aide. Adapter les logements permet d’agir plus tôt, sur la chaleur elle-même.
Fin septembre, la Ville de Paris a annoncé l’élargissement de REFLEX à de nouveaux publics vulnérables, ainsi que l’installation de volets dans les logements sociaux qui en ont besoin.
Le bilan de juin met ainsi en lumière deux vulnérabilités distinctes : des habitants qu’il faut pouvoir contacter à temps et des logements où la chaleur peut s’accumuler pendant plusieurs jours. À Paris, l’élargissement annoncé de REFLEX et la pose de volets dans les logements sociaux doivent agir sur ces deux fronts.
Sources consultées
- Atelier parisien d'urbanisme (Apur)Épisodes caniculaires et surmortalité dans le Grand Paris, note n°294, octobre 2026
- Météo-FranceQu'est-ce que l'îlot de chaleur urbain ?
- Atelier parisien d'urbanisme (Apur)Confort estival dans les logements de la Métropole du Grand Paris, août 2024
- Ville de ParisCanicule, crise sanitaire, événements climatiques… prenez les devants avec REFLEX
- Ville de ParisFace au changement climatique, Paris s'adapte et accélère ses transformations, 29 septembre 2026