
L’Île-de-France a compté seize jours d’épisodes de pollution à l’ozone pendant l’été 2026. Il faut remonter à 2003 pour retrouver une telle fréquence. Mais derrière ce rapprochement spectaculaire, la pollution francilienne n’a plus tout à fait le même visage : le maximum horaire a atteint 240 µg/m³ le 27 juin, contre 282 µg/m³ pendant la canicule de 2003 et plus de 300 µg/m³ lors de certains épisodes des années 1990.
Les chiffres ne racontent pas la même chose. Les seize jours décrivent la fréquence des épisodes de pollution. Les 240 µg/m³ mesurent la pointe horaire la plus élevée de l’été. Un troisième indicateur, la concentration moyenne annuelle, décrit encore une autre évolution.
Pour les pics, l’amélioration est nette. L’ozone n’est pas directement rejeté par les voitures, les chaudières ou les usines : il se forme dans l’atmosphère sous l’effet du soleil, à partir notamment d’oxydes d’azote et de composés organiques volatils. La baisse de plusieurs de ces précurseurs, sous l’effet des réglementations sur les émissions, a réduit les concentrations les plus extrêmes. Airparif attribue explicitement à ces politiques une partie de l’écart entre les pointes actuelles et celles des années 1990 ou de 2003.
Cela n’a pourtant pas placé l’ozone sur la même trajectoire que les autres grands polluants franciliens. Dans son bilan 2025, Airparif constatait que sa concentration moyenne annuelle avait augmenté de 20 % en dix ans et de 35 % en vingt ans sur les stations de fond de l’agglomération. C’est le seul polluant réglementé dont la tendance à long terme est à la hausse sur ces stations. Des pointes moins hautes peuvent donc coexister avec un niveau moyen qui ne baisse pas.
L’été 2026 a fourni des conditions presque idéales pour fabriquer beaucoup d’ozone malgré cette réduction des précurseurs. Il a été le plus chaud observé en France depuis le début des mesures en 1900. Trois vagues de chaleur ont totalisé 53 jours et Paris a enregistré 912 heures de soleil, un record estival. En Île-de-France, Airparif relève des températures moyennes supérieures de 3,7 °C aux normales 1991-2020.
Les réglementations sur les émissions ont ainsi écrêté les niveaux que connaissait la région il y a vingt ou trente ans. Mais elles n’empêchent pas des périodes très chaudes et très ensoleillées de multiplier les journées propices à l’ozone, polluant formé dans l’air et transporté à l’échelle régionale.
Le seuil d’information et de recommandation pour l’ozone est fixé à 180 µg/m³ en moyenne horaire et le premier seuil d’alerte à 240 µg/m³. Le maximum francilien du 27 juin a donc atteint cette valeur de référence, sans que ce seul chiffre résume les seize journées d’épisodes de l’été.
L’Île-de-France sort ainsi de l’été 2026 avec deux réalités simultanées : ses pics d’ozone sont moins extrêmes qu’au début du siècle, mais seize journées ont encore rempli les conditions d’un épisode de pollution. C’est en regardant ensemble la fréquence des épisodes, leur intensité et le niveau moyen d’ozone que se mesure désormais l’évolution de l’air francilien.