
Le verre se recycle très bien. Encore faut-il qu’il atteigne la bonne poubelle. En Île-de-France, seuls 56 % du gisement estimé ont été captés par la collecte séparée en 2024, soit 21 kg par habitant, contre 75 % de captage dans le MODECOM 2024 de l’ADEME. L’ORDIF estime que près de 200 000 tonnes de bouteilles, pots et bocaux restent ainsi dans les ordures résiduelles.
Ce volume est une estimation, établie à partir des données de production et de caractérisations locales des poubelles. Mais le retard francilien, lui, dure : la collecte tourne autour de 20 à 21 kg par habitant depuis vingt ans et a encore reculé de 6 600 tonnes en 2024. Le frein se situe donc en amont du recyclage, dans la capacité du service public à récupérer le verre.
Les dernières données départementales comparables, celles de 2022, montrent l’ampleur des écarts. Cette année-là, 36 kg de verre étaient collectés par habitant à Paris, contre 25 dans les Yvelines, 22 en Seine-et-Marne, 20 en Essonne, 19 dans les Hauts-de-Seine, 17 dans le Val-d’Oise, 16 dans le Val-de-Marne et seulement 10 en Seine-Saint-Denis. Ces chiffres incluent aussi des déchets d’activités économiques collectés avec les déchets ménagers, notamment ceux des cafés, hôtels et restaurants, particulièrement nombreux à Paris.
Ils montrent surtout qu’un même geste de tri dépend de services très différents. Dans un échantillon étudié par l’ORDIF en 2021, la collecte du verre coûtait en moyenne 111 € par tonne dans les territoires urbains denses, contre 86 € dans les territoires mixtes. Les premiers collectaient parallèlement beaucoup moins de verre par habitant. Le porte-à-porte facilite le geste, mais mobilise des bacs, des locaux et davantage de moyens ; l’apport volontaire peut réduire le coût de collecte, à condition que la borne soit suffisamment proche.
Paris illustre ce compromis. La Ville indique que 30 % des immeubles sont dépourvus de bac blanc, notamment faute de place. Elle compense avec 85 521 bacs à verre, 1 017 colonnes sur l’espace public et 418 stations Trilib’ recensées en 2024. En Seine-Saint-Denis, Est Ensemble a choisi de travailler directement sur la distance : après une étude de l’accessibilité de son réseau, l’établissement a ajouté des bornes aux Lilas, à Noisy-le-Sec et à Montreuil avec l’objectif qu’un point de dépôt se trouve dans un rayon de 150 mètres.
Le coût du traitement pousse dans le même sens. Les ordures ménagères résiduelles coûtaient en moyenne 191 € par tonne à gérer en Île-de-France en 2023 et sont principalement incinérées. Le verre y occupe de la capacité d’incinération sans produire d’énergie. Une tonne correctement triée reste coûteuse à collecter, surtout en zone dense, mais, une fois séparé, le verre est traité sans coût pour la collectivité selon l’ORDIF et peut générer des recettes matière et des soutiens.
Après vingt ans de stagnation, la communication seule ne peut compenser une borne absente ou trop éloignée. À Est Ensemble, la réponse tient désormais dans un rayon : 150 mètres entre l’habitant et la borne. Pour une filière qui sait déjà recycler le verre une fois récupéré, une partie du rattrapage francilien se joue dans cette distance.
Sources consultées
- ORDIF / Institut Paris RegionBocaux et bouteilles : comment briser le plafond de verre ?
- Région Île-de-France / ORDIFRapport d’évaluation du PRPGD d’Île-de-France 2024
- ORDIFLes coûts des déchets franciliens
- Ville de ParisQue devient le contenu de mon bac blanc ?
- Est EnsembleEst Ensemble continue de déployer des bornes de tri du verre à Montreuil