
Depuis le 1er septembre, un nouveau programme de trois ans est consacré aux sols franciliens. EARTH-LIFE représente 3,83 millions d’euros de dépenses éligibles, financées à 60 % par l’Union européenne, et réunit douze partenaires autour de deux sites pilotes : Lil’Ô à L’Île-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, et le laboratoire vivant du Cerema à Trappes, dans les Yvelines.
Ces deux terrains n’ont pas attendu l’argent européen pour commencer à travailler. À Trappes, le Cerema développe son laboratoire des solutions fondées sur la nature depuis plusieurs années. Dès 2021, le site faisait l’objet de diagnostics sur ses sols et son fonctionnement hydrologique ; en 2023, le Cerema présentait déjà son programme de désimperméabilisation, de renaturation et de gestion des eaux de pluie.
À L’Île-Saint-Denis, Lil’Ô occupe 3,6 hectares d’une ancienne emprise utilisée pour stocker des remblais puis pour des activités de voirie et de BTP. Halage y mène depuis 2018 un projet mêlant restauration des sols, biodiversité, recherche, insertion et pédagogie. Le site a notamment accueilli des travaux sur la contamination des jardins de Seine-Saint-Denis et l’utilisation de sols reconstruits.
EARTH-LIFE ne crée donc pas deux nouveaux laboratoires avec 3,83 millions d’euros. Le programme fait de ces sites des démonstrateurs d’un dispositif régional destiné à tester mais aussi à diffuser des solutions. Les activités documentées comprennent la formation, l’animation des sites pilotes, la production de ressources pédagogiques, le travail avec les établissements scolaires et la diffusion des pratiques auprès des professionnels.
Le problème francilien n’est plus seulement de savoir qu’un sol perméable peut absorber de l’eau, rafraîchir un quartier ou accueillir davantage de biodiversité. Il faut aussi que ces fonctions soient prises en compte dans les décisions ordinaires des aménageurs, collectivités, services techniques et établissements scolaires.
Le calendrier européen pousse dans la même direction. La directive européenne sur la surveillance et la résilience des sols, adoptée en 2025, oblige les États membres à organiser leur surveillance, à évaluer leur état et à mieux traiter les sites contaminés. Elle doit être transposée en droit français au plus tard le 17 décembre 2028, alors qu’EARTH-LIFE doit courir jusqu’en 2029.
La nouvelle directive inscrit ainsi davantage les sols dans les obligations ordinaires de l’action publique. Une parcelle urbaine n’est pas seulement du foncier disponible ou une surface à végétaliser. Selon son état, elle participe aussi à la circulation de l’eau, au rafraîchissement et au fonctionnement écologique d’un quartier.
La répartition détaillée des 3,83 millions d’euros entre les partenaires et les différentes actions n’a pas encore été rendue publique. Les cinq objectifs quantitatifs du programme étaient eux-mêmes encore en discussion lors du premier comité de pilotage, le 9 septembre.
EARTH-LIFE sera donc jugé moins sur l’invention de nouvelles techniques que sur leur passage à l’échelle. Entre les sols expérimentaux de Trappes et les anciens remblais de Lil’Ô, il faudra réussir à produire des méthodes que d’autres communes, écoles et aménageurs franciliens pourront réellement reprendre.
Sources consultées
- DRIEAT Île-de-FranceEARTH-LIFE : l’Île-de-France mobilisée pour la santé des sols avec 3,9 millions sur trois ans
- CeremaUn Laboratoire vivant des Solutions Fondées sur la Nature aménagé par le Cerema en Ile-de-France
- HalageLil’Ô
- EUR-LexDirective (UE) 2025/2360 relative à la surveillance et à la résilience des sols