
À Paris, des chercheurs de l’Institut Curie ont trouvé une manière de rendre certaines cellules du sarcome d’Ewing reconnaissables par des lymphocytes T modifiés. Depuis le 1er septembre, le programme européen THEODORA finance ce qu’il reste à accomplir avant un essai chez des patients : fabriquer ces cellules selon les standards cliniques, vérifier leur sécurité et organiser leur première évaluation chez l’être humain.
Le programme représente 13,2 millions d’euros, dont 8,71 millions apportés par Horizon Europe. Curie en assure la coordination depuis Paris. Gustave Roussy, à Villejuif, participe au réseau européen d’essais précoces en oncologie pédiatrique.
Le sarcome d’Ewing touche surtout les enfants et les jeunes adultes. Chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie permettent de traiter une grande partie des formes localisées, mais les récidives restent beaucoup plus difficiles : le National Cancer Institute estime la survie à cinq ans après rechute autour de 10 à 15 %. Les immunothérapies par inhibiteurs de checkpoints ont jusqu’ici montré peu d’activité dans cette maladie.
La piste suivie à Curie exploite une particularité biologique d’Ewing. La fusion génétique EWSR1::FLI1, caractéristique de la tumeur, active des séquences normalement silencieuses et fait apparaître des fragments de protéines inhabituels. L’équipe d’Olivier Lantz a développé des récepteurs T capables de reconnaître certains de ces fragments. Dans des modèles précliniques, les lymphocytes T ainsi équipés ont détruit des cellules d’Ewing porteuses de la cible. Ces résultats, déposés en juin 2026 sous forme de preprint, n’ont encore été testés chez aucun patient.
La difficulté ne s’arrête pas à trouver une bonne cible. Un récepteur T reconnaît son fragment tumoral seulement lorsqu’il lui est présenté par certaines molécules HLA, qui varient d’une personne à l’autre. Tous les patients ne seront donc pas compatibles avec le même TCR-T. Il faut aussi produire les cellules selon les standards cliniques, vérifier leur spécificité et organiser des essais sur une maladie rare, avec suffisamment de centres pour recruter les patients concernés.
C’est précisément ce que finance THEODORA. Le premier volet doit conduire à un essai TCR-T annoncé à partir de 2028. Les cellules seront développées avec la plateforme CellAction de Curie et fabriquées pour l’étude au Princess Máxima Center, aux Pays-Bas. Gustave Roussy participe, avec Curie et d’autres centres européens, au dispositif clinique nécessaire pour mener ces essais précoces.
Un second volet, THEODORA-B, prépare en parallèle un vaccin thérapeutique à ARN messager développé à Gand. Fight Kids Cancer lui consacre 4,5 millions d’euros et prévoit une étude pouvant inclure jusqu’à 45 adolescents ou adultes atteints d’une maladie récidivante, résistante ou à haut risque.
THEODORA doit maintenant faire passer une piste née à Paris du laboratoire à l’essai clinique, avec Villejuif parmi les centres associés à cette étape. À partir de 2028, les premiers TCR-T devront montrer s’il est possible de cibler cette vulnérabilité sans danger excessif et avec un effet thérapeutique chez les patients.
Sources consultées
- Institut CurieCancers pédiatriques : un projet européen de plus de 13M€ porté par l’Institut Curie pour développer de nouvelles immunothérapies contre le sarcome d’Ewing
- Commission européenne — CORDISimmunoTHErapies targeting neOgenes in paeDiatric and adOlescent saRcomAs
- bioRxivSpecific killing of Ewing sarcoma by TCR-T cells targeting public neogene-encoded antigens
- National Cancer InstituteEwing Sarcoma Treatment (PDQ®)
- Gustave RoussyCancers pédiatriques : un projet européen de plus de 13M€ porté par l’Institut Curie
- Fight Kids CancerTHEODORA-B: a phase I-II clinical trial evaluating the safety and efficacy of a novel cancer vaccine for Ewing sarcoma