
L’Île-de-France pourrait compter presque autant d’actifs en 2050 qu’en 2022. Selon le scénario tendanciel publié par l’Insee, leur nombre passerait de 6,36 millions en 2022 à un pic de 6,50 millions en 2039, avant de revenir à 6,34 millions en 2050. Sont ici comptées comme actives les personnes qui travaillent ou recherchent un emploi. Sous ce total presque immobile se cachent deux changements beaucoup plus nets : les actifs seraient plus âgés et moins nombreux à Paris.
L’effet démographique, principalement lié au vieillissement, ferait perdre environ 303 000 actifs à la région d’ici 2050. Cette baisse serait presque compensée par l’évolution des taux d’activité, qui en ajouterait 241 000, notamment parce que davantage de seniors resteraient sur le marché du travail. Les migrations résidentielles apporteraient encore un solde positif d’environ 32 000 actifs. Résultat : le nombre d’actifs de 55 ans ou plus augmenterait de 237 000, tandis que celui des 25-54 ans diminuerait de 228 000.
Cette compensation est décisive dans le scénario de l’Insee. Avec des taux d’activité figés à leur niveau de 2018, la région ne compterait plus que 6,14 millions d’actifs en 2050. À l’inverse, si le taux d’activité des 60-64 ans rejoignait celui des 55-59 ans, leur nombre atteindrait 6,39 millions. Les 6,34 millions du scénario central ne sont donc pas une prévision certaine : ils dépendent notamment des hypothèses retenues sur l’évolution des taux d’activité.
La deuxième transformation se joue entre départements. Paris perdrait 8,1 % de sa population active d’ici 2050, pour tomber à environ 1,10 million. L’Essonne et les Yvelines seraient presque stables, à respectivement -0,3 % et -0,2 %. Les Hauts-de-Seine gagneraient 0,7 %, le Val-de-Marne 1,1 %, la Seine-Saint-Denis et la Seine-et-Marne 2,3 %, et le Val-d’Oise 3,4 %. L’Insee relie le recul parisien à une population plus âgée et une fécondité très faible. À l’inverse, le Val-d’Oise et la Seine-Saint-Denis bénéficieraient davantage de leur jeunesse démographique, tandis que la Seine-et-Marne serait soutenue par les migrations résidentielles.
Ces chiffres concernent le lieu de résidence des actifs, pas celui des emplois. La distinction compte en Île-de-France. Notre comparaison récente des huit départements franciliens montrait déjà combien les emplois sont inégalement répartis. En 2022, 71,5 % des Franciliens ayant un emploi travaillaient dans une autre commune que celle où ils résidaient, et 43,5 % utilisaient les transports en commun pour aller travailler.
L’étude ne permet pas de dire où seront les emplois en 2050 ni combien de déplacements supplémentaires cette nouvelle géographie produirait. Elle montre en revanche une région dont la main-d’œuvre dépendrait davantage de l’activité des seniors, tandis que la part des actifs résidant à Paris diminuerait. En 2050, Paris compterait près d’un actif sur douze de moins qu’en 2022 ; le Val-d’Oise, la Seine-Saint-Denis et la Seine-et-Marne en compteraient davantage. Sous un total régional presque inchangé, la carte francilienne des actifs, elle, aurait bougé.