
Près de 200 élèves de Terminale de six lycées franciliens sont entrés dans la salle d’audience du procès de l’assassinat de Samuel Paty avec ce qu’ils savaient déjà de l’affaire. Certains en sont ressortis avec davantage de questions. Leur travail est publié chez Atlande sous le titre Génération Paty et doit être distribué à la rentrée dans tous les lycées d’Île-de-France.
Le projet « Classes en audience », mené par l’Association française des victimes du terrorisme, a réuni sept classes de Courbevoie, Suresnes, Paris, Savigny-sur-Orge et Conflans-Sainte-Honorine. Pendant le procès, du 4 novembre au 20 décembre 2024, elles ont assisté à des audiences, pris des notes et rencontré des victimes du terrorisme. À partir de ce qu’ils avaient entendu et de la presse, les élèves ont ensuite reconstitué les débats demi-journée par demi-journée. Leurs textes sont accompagnés de dessins d’audience et de réflexions sur la rumeur, la responsabilité, la liberté d’expression ou la difficulté de juger.
Deux élèves expliquent après l’audience se sentir « encore plus perdues qu’avant » : certaines dépositions ont ébranlé leurs convictions sur la responsabilité des accusés. D’autres disent avoir découvert combien il était difficile de « discerner le vrai du faux ». Le procès n’a donc pas seulement apporté des réponses. Il a obligé ces adolescents à regarder une affaire connue depuis quatre ans avec les lenteurs, les contradictions et les incertitudes propres à la justice.
À Conflans-Sainte-Honorine, cette expérience avait une résonance particulière. Deux classes du lycée Jules-Ferry participaient au projet et comptaient quelques anciens élèves du collège du Bois-d’Aulne, où enseignait Samuel Paty. Ces Terminales avaient autour de 13 ou 14 ans lors de son assassinat en octobre 2020. L’AFVT leur a demandé s’ils se reconnaissaient dans l’expression « génération Paty ». Les réponses divergent : certains se sentent surtout d’une génération qui a grandi avec les attentats, d’autres rapprochent directement l’affaire de leur propre vie de collégien.
Leurs travaux sortent désormais du cercle des sept classes. L’ouvrage de Chantal Anglade et Sophie Davieau-Pousset, publié chez Atlande à la fin août, rassemble sur environ 350 pages les chroniques, dessins et réflexions issus du projet. La Région Île-de-France, qui l’a présenté avec les élèves en juin, annonce deux exemplaires dans chaque lycée public et privé dès la rentrée.
Un travail commencé dans des classes de Paris, des Hauts-de-Seine, de l’Essonne et des Yvelines doit désormais rejoindre aussi les lycées de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et du Val-d’Oise. Dans leurs CDI arriveront le récit du procès, mais aussi les notes, les croquis et les hésitations d’élèves franciliens qui ont tenté de comprendre ce qu’ils avaient sous les yeux.