Article

Renards, pies : en Île-de-France, la règle change jusque d’une commune à l’autre

Le nouvel arrêté redessine la carte francilienne des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, parfois jusqu’à la frontière entre deux communes.

Illustration de renards et pies

À Saint-Germain-en-Laye, la pie bavarde figure désormais sur la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Au Pecq, commune limitrophe, elle n’y figure pas. Même oiseau, même département, mais régime différent : depuis le 22 août, le nouvel arrêté national dessine en Île-de-France une carte qui descend parfois jusqu’à la frontière communale.

Les écarts sont importants entre les sept départements franciliens concernés. En Seine-et-Marne, le régime reste large : renard, fouine, corbeau freux, corneille noire et pie bavarde sont classés dans tout le département. Les Yvelines conservent les quatre premières espèces et ajoutent la pie dans 135 communes. L’Essonne fait de même dans 91 communes. Dans le Val-d’Oise, la pie est désormais classée dans certaines communes, aux côtés des quatre espèces déjà classées.

La petite couronne suit une autre géographie. Les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis ne comptent que la fouine sur cette liste, avec désormais le piégeage comme seul mode de destruction prévu par l’arrêté. Dans le Val-de-Marne, la fouine est rejointe par le renard sur l’ensemble du département ; celui-ci ne peut y être détruit qu’à tir ou par piégeage. En 2023, seule la fouine y était classée.

L’Essonne explique mieux que tout autre département pourquoi ces frontières existent. L’arrêté de 2023 avait classé la pie bavarde dans tout le département. Le Conseil d’État a annulé cette décision en mai 2025 : les éléments produits ne suffisaient pas à établir une présence assez importante ou des atteintes significatives justifiant le classement. En 2026, la pie revient donc, mais sur 91 communes et non plus sur toute l’Essonne.

Pour ces espèces dites du « groupe 2 », les préfets proposent les classements après examen départemental et avis de la commission compétente ; le ministre arrête ensuite la liste. La jurisprudence impose que la décision repose soit sur des dommages significatifs, soit sur une présence importante associée à un risque suffisamment caractérisé. Le ministère cite, à titre de repères indicatifs issus de la jurisprudence, environ 10 000 euros de dégâts sur trois ans ou environ 500 prélèvements annuels pour apprécier une présence importante.

Le classement ne constitue pas pour autant une autorisation générale de tuer ces animaux. Périodes, territoires, techniques et, selon les cas, autorisations préfectorales restent encadrés. Le nouvel arrêté le montre lui-même en imposant des méthodes différentes selon les départements.

Cette précision territoriale a une limite : l’arrêté donne la liste finale des communes, mais pas les données locales permettant de comprendre pourquoi chacune a été retenue. On peut donc lire la nouvelle frontière réglementaire sans toujours voir les dégâts ou les observations qui l’ont dessinée. Dans les Yvelines, cette frontière passe désormais très littéralement entre Saint-Germain-en-Laye et Le Pecq.

Sources consultées
  1. LégifranceArrêté du 10 août 2026 pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement
  2. LégifranceArrêté du 3 août 2023 pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement
  3. Conseil d’ÉtatDécision n° 480617 du 13 mai 2025
  4. Ministère de la Transition écologiqueProjet d’arrêté pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement