
À quelques jours de la rentrée, le principe national d’interdiction du téléphone portable au lycée n’est pas encore inscrit dans le Code de l’éducation. Le Parlement l’a définitivement voté le 21 juillet pour la rentrée 2026-2027. La décision du Conseil constitutionnel du 14 août censure l’article 1er consacré à l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, mais pas l’article scolaire sur les téléphones au lycée. Au 22 août, la loi attend toujours sa promulgation.
Dans les lycées de Paris, de Seine-et-Marne, des Yvelines, de l’Essonne, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et du Val-d’Oise, la préparation a pourtant déjà commencé. La circulaire du 2 juillet demande aux établissements de revoir leur règlement intérieur. Le droit actuellement en vigueur leur permet déjà d’interdire le téléphone dans tout ou partie du lycée. Une fois la nouvelle loi promulguée, cette logique doit s’inverser : l’interdiction deviendra le principe national et le règlement intérieur fixera ses modalités et ses exceptions.
La règle débouche vite sur une question beaucoup plus matérielle. Le ministère précise qu’un lycée peut interdire l’usage du téléphone, pas sa détention. Il faut donc décider ce que devient l’appareil pendant la journée : éteint et rangé, déposé dans un casier individuel, placé dans une boîte collective ou enfermé dans une pochette. Les établissements doivent également régler les usages médicaux, les besoins pédagogiques, l’internat, les voyages scolaires ou le cas des étudiants de BTS et de classes préparatoires.
En Île-de-France, cette logistique est déjà devenue une politique régionale. Avec « Zéro portable en cours », la Région a financé l’achat de casiers, armoires ou autres équipements dans les lycées publics, dans la limite de 5 000 euros par établissement et par année scolaire. La délibération du 29 janvier a ainsi attribué 242 720,08 euros à 68 établissements pour l’année scolaire 2025-2026.
La liste montre que l’expérimentation ne se concentre pas sur quelques lycées parisiens : elle passe par Avon en Seine-et-Marne, Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, Évry-Courcouronnes en Essonne, Nanterre dans les Hauts-de-Seine, Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, Alfortville dans le Val-de-Marne ou Eaubonne dans le Val-d’Oise, ainsi que par plusieurs établissements de la capitale. En avril, la Région annonçait 6 000 classes équipées et 140 000 lycéens concernés. Vingt-deux lycées supplémentaires ont encore été ajoutés en juin.
L’État fixe la règle scolaire. Le conseil d’administration du lycée, après consultation du conseil de la vie lycéenne, organise son application. La Région peut financer le matériel nécessaire. Une interdiction nationale peut donc produire des journées assez différentes selon que le téléphone reste dans le sac, est déposé dans une boîte à chaque cours ou est mis à l’écart dès l’arrivée.
Le financement régional n’est pas encore reconduit. L’expérimentation s’est achevée le 15 juillet et sa pérennisation doit être examinée par la Commission permanente du 24 septembre. La poursuite de l’aide régionale pour de nouveaux achats n’est donc pas encore décidée.
À la rentrée, la différence entre deux lycées franciliens se mesurera donc moins au principe affiché qu’à une scène répétée chaque matin : où va le téléphone quand l’élève franchit la porte, et quand le récupère-t-il ?
Sources consultées
- Ministère de l’Éducation nationaleInterdiction de l’utilisation du téléphone portable et des autres objets connectés au lycée
- SénatProposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux
- SénatProjets et propositions de loi en attente de promulgation
- Conseil constitutionnelDécision n° 2026-911 DC du 14 août 2026
- Région Île-de-FranceZéro portable en cours
- Région Île-de-FranceSoutien aux actions éducatives - 1ère affectation 2026