
Au 1er août, la DRIAAF estime à environ 1 000 hectares les surfaces de sorgho en Île-de-France : 702 en Seine-et-Marne, 209 dans les Yvelines, 37 dans l’Essonne et 52 dans le Val-d’Oise. Le même tableau recense 48 538 hectares de maïs. L’écart attire d’autant plus l’attention cet été que Météo-France qualifiait, le 22 juillet, les sols franciliens d’« exceptionnellement secs ».
Le sorgho a pourtant déjà connu une poussée spectaculaire dans la région. Ses surfaces sont passées de 25 hectares en 2018 à 275 en 2019, 662 en 2020 puis 2 215 en 2021, avant de redescendre à 1 425 hectares en 2022. Pour la récolte 2024, la DRIAAF en retenait 1 592 hectares. Les quelque 1 000 hectares estimés en août 2026 s’inscrivent donc dans une trajectoire en dents de scie, pas dans une conquête régulière des champs franciliens.
L’intérêt agronomique existe pourtant. Le sorgho est moins exigeant en eau que le maïs et utilise efficacement l’humidité disponible dans le sol. En Centre-Île-de-France, ARVALIS recommande néanmoins d’attendre environ 12 °C dans le sol pour assurer une levée rapide : cette céréale aime la chaleur et un semis trop tardif raccourcit le temps disponible pour atteindre la maturité. Sa résistance au sec a aussi ses limites, notamment lorsque le manque d’eau devient sévère pendant la montaison puis autour de l’épiaison. Le sorgho réduit donc le besoin d’eau sans faire disparaître le risque climatique.
En Île-de-France, le frein se trouve aussi après la récolte. Dans une étude réalisée pour la DRIAAF en 2025, 39 producteurs interrogés citaient notamment un revenu peu attractif et le manque de débouchés parmi les difficultés des cultures de diversification. Pour le sorgho s’ajoutent l’irrégularité des rendements et une collecte délicate : séchage, tri et risque de déclassement de lots contaminés par du prosulfocarbe, un herbicide utilisé sur d’autres cultures. Le rapport indique que Natup, l’une des coopératives qui avait tenté de structurer cette filière, a décidé de l’arrêter en 2025. L’irrégularité des volumes complique à son tour la recherche d’acheteurs.
Ce problème dépasse la région. Au 1er juillet, Agreste estimait la sole française de sorgho grain 2026 à 34 000 hectares, en baisse de 46,2 % sur un an et de 49,3 % par rapport à la moyenne 2021-2025, son plus bas niveau depuis près de quarante ans. La moindre consommation d’eau ne suffit pas à installer une culture si l’aval ne suit pas.
À Corbreuse, dans l’Essonne, Ludovic Joiris a choisi de fabriquer lui-même une partie de cet aval. Son Huilerie de l’Orme creux transforme du sorgho francilien en farine et en biscuits ; ses produits ont remporté une catégorie du concours régional IDFood en 2025. L’exemple reste artisanal, mais montre bien ce qui manque à une culture pour sortir de la niche : après la moissonneuse, il faut encore sécher, trier, transformer ou trouver quelqu’un prêt à acheter le grain.
Pour 2026, la DRIAAF estime provisoirement le rendement francilien du sorgho à 55 quintaux par hectare. La récolte permettra de mesurer ce qu’ont réellement donné les parcelles de Seine-et-Marne, des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise pendant cet été sec. Pour décider des semis de 2027, la qualité des lots, leur coût de séchage et les acheteurs disponibles compteront aussi dans la décision de ressemer.
Sources consultées
- DRIAAF Île-de-FranceCampagne agricole millésimée 2026 - Surfaces, rendements, productions, par département, situation au 1er août 2026
- DRIAAF Île-de-FranceCampagne de commercialisation de la récolte 2024 - Production et collecte au 31 août 2024
- Météo-FranceCanicule : les fortes chaleurs s’attardent sur le sud du pays
- DRIAAF Île-de-France / CerescoÉtude des filières à bas niveaux d’intrants sur la région Île-de-France
- AgresteGrandes cultures : estimations au 1er juillet 2026
- Région Île-de-FranceIDFood 2025 : 3 entreprises adhérentes à la marque Produit en Île-de-France lauréates