
L’État et Groupe ADP veulent investir 8,2 milliards d’euros dans les aéroports parisiens entre 2027 et 2034. Les trois plateformes forment un seul système réglementé, réparti entre cinq départements : la Seine-et-Marne, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, l’Essonne et le Val-de-Marne. Elles ne recevront pourtant pas le même traitement.
Le projet de contrat publié fin juillet affecte directement 4,52 milliards d’euros à Paris-Charles-de-Gaulle, contre 841 millions à Orly et 39 millions au Bourget. Quelque 2,84 milliards supplémentaires couvrent des investissements communs, dont 1,58 milliard pour entretenir un patrimoine vieillissant.
Roissy concentre ainsi les grands chantiers et les nouvelles capacités. Un premier satellite doit ouvrir à l’est du terminal 2 en 2030. L’extension du métro interne LISA et un nouveau train réservé aux correspondances sont prévus pour fin 2033. Une seconde phase remplacerait le terminal 2G en 2034 et ajouterait une capacité d’environ cinq millions de passagers internationaux. Le programme comprend aussi de nouveaux équipements de contrôle aux frontières et un hall rapprochant les parcours entre avion, RER et TGV.
Orly doit recevoir une capacité supplémentaire d’environ quatre millions de passagers à l’horizon 2034. L’opération principale, fléchée à hauteur de 638 millions d’euros dans le contrat, prévoit une nouvelle salle d’embarquement reliée aux terminaux 2 et 3 par une passerelle au-dessus des voies empruntées par les avions. Le Bourget reste dans une autre dimension : ses 39 millions serviront notamment à reprendre l’esplanade et plusieurs installations techniques de cet aéroport consacré surtout à l’aviation d’affaires.
Cette hiérarchie correspond aux fonctions des trois plateformes. Charles-de-Gaulle organise les correspondances internationales et accueille les gros-porteurs. Orly accueille davantage de vols directs. Le Bourget reçoit des avions d’affaires, mais aussi des vols sanitaires et officiels. Le contrat choisit donc d’entretenir les trois plateformes tout en plaçant l’essentiel de l’effort de croissance au nord-est de la région.
L’État ne verse pas directement les 8,2 milliards. ADP engage les investissements et le contrat organise leur financement par les redevances payées par les compagnies pour utiliser les pistes, les terminaux, les postes de stationnement ou les circuits de bagages. Ces tarifs pourraient progresser en moyenne de 2,1 points de plus que l’inflation chaque année, avec une hausse plus forte en 2027 et 2028.
La contestation vient de cette mise en commun. Le projet porte de 40 % à 60 % l’abattement accordé sur la redevance des passagers en correspondance, au bénéfice du modèle de hub. Le Scara et easyJet estiment que les compagnies assurant surtout des vols directs participeront ainsi à des équipements conçus d’abord pour Air France et le trafic international de Roissy.
ADP et Air France répondent qu’un hub puissant maintient des lignes qui ne seraient pas rentables avec les seuls voyageurs locaux et que les nouvelles installations libéreront aussi de la place pour d’autres compagnies. Le programme finance un rattrapage nécessaire sur la maintenance, mais aussi un pari industriel précis sur la croissance des correspondances internationales.
Le contrat n’est pas encore signé. Les compagnies seront de nouveau consultées en septembre, avant l’avis conforme de l’Autorité de régulation des transports. L’entrée en vigueur est prévue le 1er janvier 2027, avec un réexamen en 2030. Le débat portera moins sur la nécessité de réparer les pistes et les bagages que sur la part que les compagnies surtout présentes à Orly devront prendre dans le financement des nouvelles capacités de correspondance de Roissy.
Sources consultées
- Groupe ADPProjet de contrat de régulation économique 2027-2034
- Ministère chargé des TransportsL’État et Aéroports de Paris s’accordent sur un plan d’investissement inédit de plus de 8 milliards d’euros
- Groupe ADPRapport financier semestriel au 30 juin 2026
- Autorité de régulation des transportsAvis n° 2026-030 relatif à l’avant-projet de contrat de régulation économique d’ADP
- Région Île-de-FrancePlan régional de réduction des nuisances sonores
- La TribuneModernisation de Paris-CDG : ces compagnies qui dénoncent un projet trop coûteux, surtout favorable à Air France