
Au premier semestre 2026, l’Île-de-France a enregistré 7 426 accidents corporels, soit 198 de moins qu’un an auparavant. Le nombre de blessés a lui aussi diminué. Pourtant, 143 personnes ont été tuées, 21 de plus qu’en 2025. Les données sont encore provisoires, mais la contradiction s’installe : la fréquence des accidents baisse, pas le nombre de morts.
La géographie des décès n’est pas celle des collisions. Paris et la petite couronne concentrent 68 % des accidents du semestre, mais seulement 35 % des morts. La grande couronne représente 32 % des accidents et 65 % des décès. Paris compte ainsi 1 663 accidents pour 15 morts ; la Seine-et-Marne, 734 accidents pour 41 morts. La Seine-Saint-Denis connaît la plus forte hausse annuelle, avec onze décès supplémentaires, devant la Seine-et-Marne, plus dix.
Le dernier bilan détaillé disponible, celui de 2024, montrait déjà cette géographie de la gravité. Près des trois quarts des accidents franciliens survenaient en agglomération, mais presque la moitié des morts hors agglomération. Les routes départementales concentraient 47,1 % des décès pour 29,1 % des accidents ; les voies communales, 30,4 % des décès pour 51 % des accidents. Ces chiffres ne donnent pas la cause de chaque collision, mais montrent que la répartition des accidents et des décès n’est pas la même selon le réseau.
L’autre fracture concerne la protection physique des usagers. Depuis janvier, 57 piétons ont été tués, soit 22 de plus qu’au premier semestre 2025. Vingt-cinq avaient au moins 65 ans. Les cyclistes et utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés comptent 17 morts, onze de plus. À l’inverse, la mortalité recule parmi les usagers de deux-roues motorisés et les occupants de voitures. La hausse du semestre repose donc largement sur ceux qu’aucune carrosserie ne sépare du choc.
Or il n’existe pas de gestionnaire unique de la route francilienne. Les communes ou intercommunalités gèrent les voies communales, les départements les routes départementales, l’État les nationales et les autoroutes non concédées ; les autoroutes concédées sont exploitées par des sociétés concessionnaires. La Région porte une stratégie de mobilité et cofinance certains travaux, mais ne gère pas à elle seule les carrefours, chaussées et traversées où se joue la sécurité quotidienne.
Le Plan des mobilités francilien, adopté le 24 septembre 2025, vise une « vision zéro » à l’horizon 2050 et prévoit de réduire de moitié le nombre de tués et de blessés graves entre les périodes 2015-2019 et 2025-2029. Cette trajectoire ne peut toutefois pas être mesurée au seul recul des accidents. Les chiffres désignent deux fronts distincts : mieux protéger les piétons et cyclistes dans les zones denses, et réduire la violence des collisions sur les routes de grande couronne.
Dans les huit départements, la sécurité routière se joue autant sur une traversée piétonne de quartier que sur une départementale entre deux bourgs.