
À Choisy-le-Roi, Neuilly-sur-Marne et Méry-sur-Oise, trois usines prélèvent l’eau de la Seine, de la Marne et de l’Oise avant de la distribuer dans 133 communes. Ce réseau dessert quatre millions d’usagers dans le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, la Seine-et-Marne, les Yvelines, l’Essonne et les Hauts-de-Seine.
Le Syndicat des eaux d’Île-de-France prévoit d’équiper ces usines d’un traitement combinant nanofiltration et osmose inverse basse pression. Le programme représente environ un milliard d’euros, avec une mise en service complète visée en 2032. Le SEDIF estime son surcoût à 0,40 euro par mètre cube, soit environ quatre euros par mois pour un foyer consommant 120 mètres cubes par an.
Cette dépense ne concerne pas seulement les pesticides. Les membranes doivent également retenir des PFAS, des résidus médicamenteux et d’autres micropolluants, tout en réduisant le calcaire et le chlore. Mais elle pose une question : qui doit payer lorsque des substances mises sur le marché en amont doivent être retirées de l’eau par un service public, parfois des années plus tard ?
Le SEDIF a engagé le 18 juin deux recours pour faire contribuer les fabricants de produits phytopharmaceutiques. Le premier a été adressé au Premier ministre, le second à la Commission européenne. Aucun ne finance aujourd’hui les nouvelles installations. Par ces deux démarches, le SEDIF cherche à faire contribuer les producteurs.
En France, la responsabilité élargie des producteurs couvre déjà certains produits biocides et phytopharmaceutiques, mais uniquement lorsqu’ils sont destinés aux ménages. Le SEDIF demande la suppression de ce dernier critère afin d’y intégrer les produits agricoles et professionnels. La modification réglementaire demandée étendrait les obligations des fabricants, sans créer automatiquement un remboursement des traitements réalisés dans les usines d’eau potable : la filière actuelle organise d’abord la collecte et le traitement des déchets chimiques.
À Bruxelles, le syndicat s’appuie sur la nouvelle directive relative aux eaux résiduaires urbaines. Elle impose aux producteurs de médicaments et de cosmétiques de financer au moins 80 % du traitement supplémentaire nécessaire pour éliminer certains micropolluants. Le SEDIF demande que les pesticides soient ajoutés à la liste. Cette directive porte toutefois sur les stations d’épuration des eaux usées, pas sur les usines qui rendent l’eau potable.
À ce stade, les recours ne financent donc ni le programme membranaire ni une réduction des factures. Ils mettent en lumière un déséquilibre : le service d’eau doit garantir la qualité au robinet, tandis que la prévention des pollutions dépend d’autres acteurs, d’autres territoires et de réglementations nationales ou européennes.
À l’échelle nationale, un rapport du Sénat estime entre un et deux milliards d’euros par an les coûts directs et indirects liés aux pesticides et à leurs métabolites pour les services d’eau et d’assainissement. Prévenir la pollution à la source éviterait une partie des traitements curatifs, mais l’amélioration des eaux prélevées peut demander des années.
En Île-de-France, le choix technique avance déjà. Les consultations ont rendu des avis favorables pour Méry-sur-Oise et Choisy-le-Roi ; celle de Neuilly-sur-Marne s’est achevée le 7 juillet. En attendant une éventuelle contribution des fabricants, les membranes des trois usines et leur financement restent l’affaire du service d’eau de 133 communes.
Sources consultées
- Syndicat des Eaux d’Île-de-France"Pollueur-payeur" : le SEDIF engage deux recours pour soumettre les producteurs
- Syndicat des Eaux d’Île-de-FranceVotre service public de l’eau
- Syndicat des Eaux d’Île-de-FranceProjet "Vers une eau pure" : l’eau du robinet innove !
- LégifranceArticle R543-228 - Code de l’environnement
- Commission européenneNew rules for urban wastewater management set to enter into force
- SénatProposition de loi visant à renforcer la protection des ressources en eau potable contre les pollutions diffuses