
Depuis le 1er juillet, tout projet francilien de datacenter dépassant 5 000 m² doit être examiné selon des orientations actualisées. L’étude de son environnement territorial est renforcée : l’État veut connaître la puissance réellement nécessaire, le tracé du raccordement électrique, les autres usages possibles de la parcelle, la consommation d’eau et les débouchés envisagés pour la chaleur des serveurs. Ces orientations s’appliquent dans les huit départements d’Île-de-France.
Au premier trimestre 2026, RTE comptait environ 7 GW de nouveaux besoins électriques à différents stades de raccordement dans la région. Cela représente la moitié de la consommation actuelle de l’Île-de-France à la pointe. Les datacenters concentraient 97,5 % de la puissance contractualisée concernée. Ces 7 GW ne correspondent pas à une consommation certaine ou simultanée : les dossiers se trouvent à des stades très différents et les centres déjà raccordés n’utilisent actuellement qu’environ 20 % de leur puissance souscrite. RTE cherche donc à privilégier les projets les plus mûrs plutôt que les réservations précoces de capacité.
L’État demandait déjà, depuis 2022, de rechercher des friches, des bâtiments compacts et des utilisateurs pour la chaleur produite. La version de 2026 transforme toutefois ces principes généraux en arbitrages plus précis. Les raccordements devront être aussi courts que possible vers les réseaux de 225 ou 400 kV. Au-dessus de 40 MW, les projets seront davantage examinés dans les secteurs électriques tendus. Ils ne devront pas non plus évincer l’industrie des rares terrains que le schéma régional lui réserve. La question rejoint celle posée par la concentration des entrepôts franciliens, avec une contrainte supplémentaire : un datacenter occupe aussi une place considérable dans le réseau électrique.
Les contraintes diffèrent selon les sites. Les implantations se sont d’abord concentrées en petite couronne, particulièrement en Seine-Saint-Denis, avant que des projets plus vastes ne gagnent les franges métropolitaines et la grande couronne. Dans la zone dense, le foncier et l’électricité sont très disputés, mais les logements, équipements ou réseaux susceptibles d’utiliser la chaleur sont souvent plus proches. Dans les espaces périphériques de Seine-et-Marne, des Yvelines, de l’Essonne ou du Val-d’Oise, de grandes parcelles peuvent être plus accessibles, tandis que les débouchés pour la chaleur peuvent se trouver plus loin. La nouvelle doctrine recommande ainsi de récupérer l’équivalent de 20 % de l’électricité utilisée dans l’hypercentre et le cœur d’agglomération, sans fixer le même objectif dans les espaces périphériques ou ruraux.
La doctrine n’instaure pas de moratoire. L’agrément peut être accordé, assorti de conditions, ajourné ou refusé. Lorsqu’il est requis, le permis de construire ne peut être délivré avant cette décision. Les communes et intercommunalités doivent également donner leur avis sur l’insertion locale du projet et les engagements proposés par l’opérateur. Ce levier est réel, même si aucune première décision prise sous le nouveau cadre n’a encore été rendue publique.
Ce cadre apporte une planification plus précise à une industrie dont les implantations dépendent fortement des terrains disponibles et des capacités de raccordement. Un site sera davantage jugé avec le poste électrique auquel il se branche, les communes traversées par le câble, l’activité industrielle qu’il pourrait déplacer et le quartier susceptible de récupérer sa chaleur.
Sources consultées
- DRIEAT Île-de-FranceImmobilier d’entreprise en Île-de-France : les orientations pour l’instruction des demandes d’agrément
- DRIEAT Île-de-FranceInstruction des demandes d’agrément relatives aux centres de données, juin 2026
- RTELes projets de raccordement « consommateurs » en Île-de-France, T1 2026
- L’Institut Paris RegionObservatoire des data centers en Île-de-France
- LégifranceCode de l’urbanisme, articles R. 510-1 à R. 510-15