
Du 17 juin au 2 juillet, Santé publique France estime que l’Île-de-France a enregistré 1 999 décès toutes causes de plus qu’attendu, soit une hausse de 81,2 %. C’est le total régional le plus élevé de France. Les données, arrêtées au 20 juillet, restent provisoires. Elles ne recensent pas 1 999 certificats attribuant la mort à la chaleur : elles mesurent l’écart entre les décès observés et le niveau de mortalité attendu sur la même période.
La brutalité du choc apparaît surtout pendant la semaine du 22 au 28 juin. La région a alors compté 2 850 décès, soit 1 565 de plus qu’attendu et une hausse de 122 %. Les plus de 65 ans représentaient 82,4 % des personnes décédées. La semaine suivante, l’excès atteignait encore 224 décès.
Bien avant que ce bilan démographique soit disponible, les services de santé voyaient déjà la vague arriver. Entre le 18 et le 22 juin, les recours liés à la chaleur augmentaient, selon les indicateurs, dans chacun des huit départements. À Paris, en Seine-et-Marne, dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine, une part croissante des passages aux urgences pour hyperthermie, déshydratation ou hyponatrémie était suivie d’une hospitalisation.
Le 26 juin, l’Agence régionale de santé a déclenché le plan blanc dans tous les établissements sanitaires franciliens. Les appels aux Samu avaient progressé de 61 % en une semaine. Dix-sept établissements de santé et 475 structures médico-sociales avaient signalé l’activation d’un plan de gestion ou de mesures adaptées. Des coupures d’électricité avaient aussi touché certains établissements dans le Val-d’Oise et les Yvelines, sans conséquence importante grâce aux groupes électrogènes.
Ces données n’interviennent pas au même moment. Les urgences, SOS Médecins et les Samu signalent rapidement la poussée des recours, ce qui permet d’ajuster l’ouverture de lits, la régulation des appels ou les visites à domicile. Les remontées d’état civil mesurent ensuite l’ampleur de la mortalité, après plusieurs semaines de consolidation. La réponse se partage entre l’ARS et les préfectures, qui coordonnent les moyens, les communes, qui recensent les personnes vulnérables, et les établissements, qui protègent leurs résidents.
Le total de 1 999 décès ne dit toutefois pas où la surmortalité s’est concentrée. Aucune répartition entre les huit départements n’a encore été publiée. Or l’exposition varie fortement d’un pâté de maisons à l’autre. L’Institut Paris Region estime que plus de 3,68 millions de Franciliens vivent dans un îlot présentant une vulnérabilité nocturne potentiellement forte, en croisant chaleur, âge, pauvreté, isolement et conditions de logement.
Des travaux menés avant la canicule de 2026 montrent également que l’aménagement modifie le risque. À Paris et dans la petite couronne, la mortalité pendant les chaleurs exceptionnelles était estimée 18 % plus élevée dans les communes les moins arborées que dans les plus arborées. Cela n’explique pas à lui seul le bilan de juin, mais montre pourquoi une même vigilance rouge ne rencontre pas partout les mêmes logements, les mêmes rues ni les mêmes possibilités de récupération pendant la nuit.
Le nombre de décès ne permet pas, à lui seul, de juger l’efficacité des mesures prises. Il établit en revanche qu’un épisode touchant simultanément les huit départements peut provoquer en quelques jours une forte hausse des appels, le déclenchement du plan blanc et l’activation de centaines de plans internes. Fin juin, des groupes électrogènes ont maintenu des établissements en fonctionnement dans les Yvelines et le Val-d’Oise. Hors de l’hôpital, la protection se joue aussi dans les chambres d’Ehpad et les logements qui ne refroidissent pas la nuit.
Sources consultées
- Santé publique FranceCanicule et santé : excès de mortalité durant l’épisode de canicule du 17 juin au 2 juillet 2026
- Santé publique FranceSurveillance sanitaire en Île-de-France, bulletin du 16 juillet 2026
- Agence régionale de santé Île-de-FranceL’ARS Île-de-France déclenche le plan blanc dans l’ensemble des établissements sanitaires franciliens
- L’Institut Paris RegionAdapter l’Île-de-France à la chaleur urbaine, acte 2
- Santé publique France, L’Institut Paris Region et ORS Île-de-FranceInfluence de caractéristiques urbaines sur la relation entre température et mortalité en Île-de-France