
À Puteaux, les boîtes Papillons sont désormais installées dans tous les accueils de loisirs élémentaires, après une première installation dans les dix écoles élémentaires et deux accueils de loisirs. Le rapport municipal sur l’égalité femmes-hommes pour 2025 désigne les directeurs et directrices des accueils comme référents privilégiés. La Maison du Droit et de la Famille (MDDF), qui coordonne le dispositif avec l’association Les Papillons, a fait former ses agents au recueil des messages des enfants. Dans les écoles, en revanche, la collecte des courriers par la police municipale a provoqué un désaccord avec l’Éducation nationale : qui doit les recevoir et décider de la suite ?
Le 14 avril 2026, une séance de sensibilisation organisée à l’accueil de loisirs de l’Arche de Noé a présenté aux enfants le fonctionnement des boîtes et les situations qu’ils pouvaient y signaler.
Cette extension intervient alors que Puteaux prépare son programme Orange Day autour du 25 novembre. Le samedi 21 novembre à 14 heures, l’association La Porte en Action organisera une conférence gratuite au 32 rue Charles-Lorilleux, intitulée « Et les enfants dans tout ça ? », consacrée aux enfants exposés aux violences conjugales et intrafamiliales. L’avocate et thérapeute Johanna Tchoula Nija animera la rencontre, à laquelle participera également l’équipe de la MDDF.
En 2024, le 119 a identifié au moins 5 237 enfants co-victimes de violences au sein du couple parental. Ce chiffre, issu des sollicitations reçues par le service national, est un minimum : certains appels concernent plusieurs enfants d’une même famille. Les boîtes Papillons couvrent toutefois un champ plus large. Selon Laurent Boyet, président de l’association, 80 % des messages reçus à l’échelle nationale concernent des faits survenus en milieu scolaire, avec le harcèlement en première ligne.
Lors de son audition à l’Assemblée nationale, le 9 avril 2026, Laurent Boyet indiquait que l’association avait installé 514 boîtes dans 283 communes et recevait alors entre 180 et 230 messages par semaine. Dans 97 % des installations, expliquait-il, les courriers sont relevés par des policiers municipaux, des agents de surveillance ou des gardes champêtres. Ces agents les photographient ou les scannent sans les lire, puis les transmettent sur une plateforme où les documents sont chiffrés. Seules les psychologues de l’association disposent des clés de déchiffrement et peuvent lire les messages.
Après analyse, les psychologues peuvent transmettre une information préoccupante à la CRIP ou un signalement au procureur. Pour les situations de harcèlement scolaire, l’association peut aussi contacter le référent municipal et, si le problème persiste, le référent académique.
À Puteaux, c’est la collecte à l’école qui a cristallisé le désaccord. En mars 2026, le Journal Spécial des Sociétés rapportait que des policiers municipaux relevaient les messages dans les écoles avant de les transmettre à l’association, sans que les établissements en soient informés. L’Éducation nationale contestait cette organisation et estimait que les révélations faites dans une école devaient suivre le circuit de signalement de l’établissement.
Dans son échange avec le JSS, l’association rapportait que le ministère souhaitait répartir les messages selon leur gravité : les enseignants prendraient en charge les situations les plus sérieuses, l’association les autres. Le ministère indiquait qu’une convention devait être signée pour encadrer le dispositif et garantir son articulation avec les procédures de protection de l’enfance.
La circulaire de l’Éducation nationale du 7 février 2022 précise que les faits révélés dans un établissement et relevant d’une information préoccupante ou d’un signalement doivent être pris en charge par les personnels de l’Éducation nationale, quelle que soit leur modalité de recueil. Elle encadre aussi les interventions des partenaires extérieurs : à l’école, ils ne peuvent mener d’entretiens individuels avec les élèves et doivent être accompagnés par des personnels éducatifs.
Les personnels scolaires doivent transmettre les informations préoccupantes, mais n’assurent pas eux-mêmes l’évaluation ni les mesures de protection. L’évaluation relève du département ; le procureur intervient lorsque les faits appellent une réponse judiciaire.
Le ministère demandait également un relevé quotidien des boîtes et une transmission immédiate au directeur d’école. Selon lui, de nombreuses révélations interviennent le vendredi : un enfant exposé à des violences intrafamiliales peut alors redouter le retour au domicile pendant le week-end. Le ministère soulignait qu’un message transmis trop tard pouvait laisser l’enfant sans réponse avant le week-end.
À Puteaux, le partage des rôles diffère selon le lieu. Dans les accueils de loisirs municipaux, les directeurs sont désignés comme référents et les agents de la MDDF ont été formés. La Ville a défendu le maintien des boîtes dans le cadre périscolaire dans un courrier adressé au ministre en avril 2026, en demandant aussi leur intégration au programme pHARe de lutte contre le harcèlement scolaire. Elle n’a pas publié de bilan local sur le nombre de messages reçus, les orientations décidées ou les suites données.
Les familles et les particuliers qui s’inquiètent pour un enfant peuvent contacter la CRIP des Hauts-de-Seine au 0800 00 92 92, du lundi au vendredi, de 9 heures à 13 heures et de 14 heures à 17 h 30. Le 119, gratuit et anonyme, est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Dans les accueils de loisirs de Puteaux, les directeurs sont désormais les référents identifiés. Pour les écoles, la Ville et l’Éducation nationale doivent encore s’accorder sur la façon dont les messages sont recueillis et transmis.
Sources consultées
- Ville de PuteauxRapport de situation égalité femmes-hommes 2025
- Journal Spécial des SociétésViolences faites aux enfants : à Puteaux, les boîtes aux lettres Les Papillons sur la sellette, 10 mars 2026
- Assemblée nationaleAudition de Laurent Boyet et d'associations de protection de l'enfance, compte rendu n°19, 9 avril 2026
- Ministère de l'Éducation nationaleCirculaire du 7 février 2022, organisation des actions d'information et de sensibilisation sur l'enfance maltraitée
- Observatoire national des violences faites aux femmes, MIPROFLes violences sexistes et sexuelles en France en 2024, Lettre n°25, novembre 2025
- Département des Hauts-de-SeineLa prévention et protection de l'enfance