
À Puteaux, l’association Mouv’Enfants demande que la rue Jean-Jaurès devienne la rue Inass-Touloub. La fillette y vivait au numéro 139 avant sa mort, à quatre ans, en 1987. Pendant trente et un ans, son identité est restée inconnue du public. Aujourd’hui, l’association veut inscrire ce nom retrouvé dans la ville où elle a vécu.
Le 11 août 1987, le corps d’une petite fille était découvert au bord de l’autoroute A10, près de Suèvres, dans le Loir-et-Cher. Faute de connaître son identité, les médias l’avaient surnommée « la petite martyre de l’A10 ». Il faudra attendre 2018 et un rapprochement génétique avec son frère pour que les enquêteurs puissent enfin lui rendre son prénom et son nom : Inass Touloub.
À Puteaux, sa famille avait emménagé en avril 1985 dans un petit deux-pièces attenant à un commerce, au 139, rue Jean-Jaurès, selon les éléments de l’instruction rapportés par Le Parisien. D’après les éléments de l’enquête cités par Mouv’Enfants, Inass aurait subi dans ce logement des violences avant sa mort. C’est cette adresse que l’association souhaite aujourd’hui transformer en lieu de mémoire.
De la marche blanche à une rue de Puteaux
Pour Arnaud Gallais, président de Mouv’Enfants, cette démarche prolonge un combat engagé depuis plusieurs années. En juillet 2025, l’association manifestait devant le palais de justice de Blois pour réclamer la tenue du procès. En octobre, elle organisait une marche blanche à Suèvres, près du lieu où le corps avait été découvert. Une centaine de personnes environ y avaient participé.
Le procès des parents d’Inass doit désormais s’ouvrir début novembre devant la cour d’assises du Loir-et-Cher. Ils devront répondre d’accusations de torture et d’actes de barbarie ayant entraîné la mort pour la mère, et de complicité pour le père. La justice devra établir leurs responsabilités.
L’association veut désormais obtenir une reconnaissance dans la ville où vivait Inass. Mouv’Enfants parle de « réparation collective » : faire en sorte que le souvenir d’Inass ne soit pas seulement attaché à une affaire criminelle, mais aussi à la vie d’une enfant et à la responsabilité de la société de la protéger.
Jean Jaurès, un nom donné en 1914
La rue Jean-Jaurès traverse Puteaux sur 1 285 mètres, du quai De Dion-Bouton à la rue des Bas-Rogers.
Les archives municipales rappellent qu’elle s’appelait autrefois rue de Paris. Elle a reçu le nom de Jean Jaurès le 5 septembre 1914, un peu plus d’un mois après l’assassinat de l’homme politique pacifiste.
Changer ce nom reviendrait donc à remplacer un hommage vieux de plus d’un siècle, sur une rue où vivent et travaillent de nombreux Putéoliens. Dans sa pétition, Mouv’Enfants affirme qu’honorer Inass ne signifie pas effacer la mémoire de Jaurès. Mais la proposition implique bien de remplacer un nom de rue existant.
Le 14 octobre, l’association a saisi la maire, Joëlle Ceccaldi-Raynaud. Elle demande que la proposition soit examinée en conseil municipal, qu’un hommage public soit organisé et que la Ville s’engage davantage dans la prévention des violences faites aux enfants.
Les habitants peuvent signer la pétition de Mouv’Enfants pour une rue Inass-Touloub. L’association indiquait n’avoir reçu aucune réponse municipale lors de sa publication. Aucun changement de nom n’a été décidé.
Pour l’heure, le 139 reste une adresse de la rue Jean-Jaurès. C’est à cet endroit que Mouv’Enfants souhaite voir apparaître le nom d’Inass Touloub.
Sources consultées
- Mouv’EnfantsUne rue au nom d’Inass Touloub à Puteaux : pour sa dignité et sa mémoire
- Mouv’EnfantsChronique d’une année déterminante pour Mouv’Enfants
- Archives municipales de PuteauxLa rue Jean Jaurès
- Enfance & Partage« La petite martyre de l’A10 », l’affaire Inass Touloub, pour qu’aucun enfant ne disparaisse dans le silence
- Le ParisienPetite Martyre de l’A10 : l’association Mouv’Enfants réclame une « rue Inass » dans le centre-ville de Puteaux