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Gennevilliers : sept animateurs condamnés, le silence des témoins également mis en cause

Sept animateurs condamnés pour des violences sur des enfants à Gennevilliers. Le tribunal pointe aussi le silence de témoins et les conditions de recrutement.

Illustration - Surveillance dans un centre de loisirs

Sept animateurs du centre de loisirs Joliot-Curie, à Gennevilliers, ont été condamnés mercredi 21 octobre par le tribunal correctionnel de Nanterre pour des violences sur des enfants, notamment autistes. Les peines vont de quatre à huit mois de prison avec sursis, assorties d’interdictions d’exercer auprès de mineurs pendant trois à cinq ans. Un huitième prévenu a été relaxé. Mais le tribunal a également mis en cause le silence d’adultes qui avaient assisté aux violences sans les signaler.

Les faits se sont déroulés entre septembre et décembre 2024, pendant les pauses déjeuner et les activités du mercredi. Une vidéo montre un garçon autiste de sept ans contraint de danser pour obtenir un beignet, sous les moqueries des animateurs. Une autre mère raconte au Parisien avoir découvert que son fils avait reçu des coups au ventre, avait été tiré par les cheveux et filmé en train de pleurer.

Ces enfants étaient confiés à des adultes chargés de leur sécurité. Certains avaient des difficultés à raconter ce qu’ils subissaient.

Des violences observées, mais jamais signalées

Selon le compte rendu d’audience publié par Le Parisien, la présidente du tribunal, Valérie Dumerc-Champagne, a souligné une « responsabilité collective » : plusieurs témoins ont reconnu avoir assisté à des violences sans jamais les signaler.

Dans un centre de loisirs, la protection des enfants ne repose pas seulement sur le comportement de chaque animateur. Elle dépend aussi de la vigilance des collègues, de la supervision de l’équipe et de la transmission des alertes à la hiérarchie.

Or une mère affirme avoir averti la mairie dès novembre 2024, après avoir découvert un bleu sur le corps de son fils. La Ville situe pour sa part sa première connaissance des faits au 13 décembre.

Elle assure avoir suspendu sept animateurs dès ce jour-là, puis un huitième après avoir visionné l’intégralité d’une vidéo. Elle indique avoir informé 161 familles, saisi les services départementaux de la jeunesse le 16 décembre, transmis une information préoccupante le 20 décembre et signalé les faits au procureur le 24 décembre.

La mairie détaille ces mesures dans son communiqué du 21 octobre. Elles ne dissipent pas le désaccord sur les premières alertes.

La présidente du tribunal a également relevé, selon Le Parisien, qu’aucune trace de l’enquête interne annoncée par la Ville n’avait été retrouvée. La municipalité affirme pourtant avoir engagé cette enquête. Un proche du maire, cité par Le Parisien, explique que la police lui avait demandé de ne pas interférer avec ses investigations.

Le recrutement et la supervision en question

La présidente du tribunal a aussi critiqué, selon Le Parisien, le recrutement d’animateurs dépourvus du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa) et sans formation adaptée à l’accueil d’enfants autistes.

L’absence de Bafa ne constitue pourtant pas automatiquement une irrégularité. La réglementation française autorise le recrutement d’animateurs non qualifiés, dans certaines limites. Elle prévoit aussi un encadrement par des personnels qualifiés.

Le directeur d’un accueil collectif de mineurs est chargé de la sécurité physique et morale des enfants. Il coordonne les animateurs, veille à leur accompagnement et rend compte du fonctionnement du centre à l’organisateur. La qualification des agents ne dispense donc pas de superviser leur travail et de réagir aux violences signalées.

Selon Le Parisien, le tribunal a refusé d’indemniser la Ville, estimant qu’elle avait contribué à son propre dommage par le recrutement d’agents sans formation. Gennevilliers souligne de son côté que sa constitution de partie civile a été admise. Les deux affirmations peuvent coexister : être recevable comme partie civile ne garantit pas l’obtention d’une indemnisation.

Ce que Gennevilliers promet de changer

L’affaire concerne un service municipal qui accueille aujourd’hui plus de 250 enfants en situation de handicap, sur l’ensemble des temps périscolaires et extrascolaires de la commune, selon la mairie.

Gennevilliers met en avant ses efforts de formation et dit vouloir renforcer la prévention et les contrôles. Elle annonce également vouloir examiner les responsabilités de l’encadrement dans cette affaire.

Son communiqué ne précise cependant pas encore quelles procédures de traitement des alertes seront renforcées ni comment leur application sera contrôlée.

Pour les familles de Joliot-Curie, les condamnations apportent une réponse judiciaire aux violences commises. La réponse de la mairie se vérifiera au quotidien dans le centre : lorsqu’un enfant raconte ce qu’il a subi, lorsqu’un parent signale une blessure ou lorsqu’un animateur voit un collègue dépasser les limites, qui intervient, et avec quelles suites ?

Sources consultées
  1. Ville de GennevilliersCondamnation d'animateurs de Gennevilliers
  2. Le Parisien, Valérie Mahaut avec Olivier Bureau« Ils l'ont humilié, traité d'animal » : sept animateurs de Gennevilliers condamnés pour des violences sur des enfants autistes
  3. Mediapart, Mathilde MathieuÀ Gennevilliers, des élèves autistes dans les filets d'une bande d'animateurs violents
  4. LégifranceCode de l'action sociale et des familles, article R227-12
  5. Ministère chargé de la JeunesseLes fonctions de directeur et d'animateur