
À Saint-Cloud, le spectacle des fontaines dépend encore d’une galerie souterraine construite sous Louis XIV. Cet aqueduc, qui transporte l’eau depuis les étangs de Ville-d’Avray, est aujourd’hui endommagé. Le Centre des monuments nationaux (CMN) annonce quatre à six mois de travaux urgents pour rétablir son fonctionnement.
Depuis les années 1960, cet aqueduc constitue la seule voie d’alimentation en eau brute du domaine. Une défaillance sous Ville-d’Avray peut ainsi perturber les bassins et l’arrosage d’un parc de 460 hectares, à plusieurs kilomètres de là.
Un chantier dans une galerie haute d’un mètre
Les désordres ont été constatés sur la portion de l’aqueduc située sous Ville-d’Avray. Long de 2,4 kilomètres au total, l’ouvrage comporte ici une galerie maçonnée ovoïde, haute d’environ un mètre. Un espace étroit pour les équipes chargées de le réparer.
Pour intervenir en sécurité, il faut d’abord empêcher l’eau d’y circuler. Depuis le 8 octobre, le niveau de l’étang Neuf est progressivement abaissé jusqu’à celui de sa vanne de demi-fond. Cette vidange partielle doit aussi laisser assez de place dans l’étang pour recueillir les pluies sans que l’eau revienne dans la galerie pendant le chantier.
Le CMN prévoyait un démarrage dans la seconde quinzaine d’octobre, pour quatre à six mois d’intervention. Le début effectif des travaux n’a pas encore été confirmé.
Selon Le Parisien, du béton aurait été déversé dans l’aqueduc, une information que le journal attribue au CMN. Dans sa communication du 9 octobre, le domaine évoque des « désordres importants », sans préciser leur origine. Les circonstances du dépôt et les éventuelles responsabilités restent à établir.
La gravité fait jaillir l’eau
L’aqueduc de Ville-d’Avray a été entrepris en 1685. Il transporte l’eau des étangs jusqu’au Grand Réservoir, situé sur les hauteurs du domaine de Saint-Cloud. De là, des canalisations alimentent les bassins et le système d’arrosage.
La prouesse des fontainiers du XVIIe siècle tient au relief. Entre les points haut et bas des jardins, le dénivelé atteint 76 mètres. Cette différence de hauteur suffit à créer la pression nécessaire aux jeux d’eau historiques, sans pompage.
Les canalisations desservent notamment les 24 Jets, la fontaine des Chiens et le Grand Jet, capable de projeter l’eau à près de 30 mètres.
Le spectacle est gourmand : une heure de fonctionnement mobilise 1 500 m³ d’eau. Les étangs de Ville-d’Avray, alimentés notamment par les eaux recueillies dans la forêt de Fausses-Reposes, constituent une réserve supérieure à 100 000 m³.
Une seule alimentation depuis soixante ans
À l’origine, le domaine bénéficiait également des eaux du ru de Vaulichard, qui formaient une seconde branche hydraulique au nord. Ce réseau a été déconnecté dans les années 1960. Depuis, l’approvisionnement en eau brute repose sur la seule branche de Ville-d’Avray.
L’aqueduc fait pourtant l’objet d’entretien. En 2023, le CMN avait déjà engagé des opérations de curage et de réfection sur une portion de l’ouvrage. Cette fois, aucune seconde branche ne peut prendre le relais de celle qui est endommagée.
En septembre, le domaine annonçait déjà l’absence de jeux d’eau pour les Journées du patrimoine, en raison de travaux hydrauliques, sans établir de lien avec l’incident d’octobre. La Grande Cascade, de son côté, est privée de ses jets en raison d’une restauration distincte engagée en 2023.
Le coût de la nouvelle réparation n’a pas été rendu public. Les travaux doivent rétablir l’écoulement entre les étangs de Ville-d’Avray et le Grand Réservoir, d’où partent les canalisations qui alimentent les fontaines de Saint-Cloud.
Sources consultées
- Domaine national de Saint-Cloud, Centre des monuments nationauxInformation du 9 octobre 2026 sur l'aqueduc de Ville-d'Avray
- Domaine national de Saint-Cloud, Centre des monuments nationauxHistoires d'eau
- Domaine national de Saint-CloudJournées européennes du patrimoine 2026
- Domaine national de Saint-CloudLa Grande Cascade : chef-d'œuvre d'hydraulique
- Le Parisien, Hendrik DelaireLes fontaines du domaine de Saint-Cloud à sec après le déversement sauvage de béton dans l'aqueduc qui l'alimente