
À Colombes, le maire Joakim Giacomoni affirme avoir obtenu la démolition et la reconstruction intégrales de la cité des Musiciens. Mais dans cet ensemble de logements sociaux situé près des tours Audra, les habitants réclament encore des réparations annoncées dès avril 2025 : traitement des nuisibles, des fuites et de l’humidité. Dix-huit mois plus tard, ces problèmes figurent toujours parmi leurs principales réclamations.
Le programme de 2025 prévoyait 180 démolitions et 152 réhabilitations. Il représentait déjà 180 millions d’euros d’investissements annoncés sur dix ans. La démolition totale évoquée par le maire le 22 septembre 2026 bouleverse donc les plans initiaux.
Les réparations figuraient déjà au programme de 2025
En avril 2025, le magazine municipal détaillait une transformation prévue jusqu’en 2035. Sur les 332 logements sociaux recensés par la Ville, 180 devaient être démolis et 152 réhabilités, avec rénovation des cuisines, des salles de bains et de l’isolation.
Le projet comprenait aussi 163 nouveaux logements sociaux, 248 logements privés, 15 en accession sociale à la propriété et un parc public pour mieux relier le quartier au centre-ville et au stade Yves-du-Manoir.
Une première phase, de septembre 2025 à mi-2028, devait combiner construction de 75 logements sociaux neufs, relogements et démolitions.
Pendant cette période, Hauts-de-Seine Habitat annonçait des réparations d’urgence dans les immeubles occupés, pour éliminer les nuisibles et traiter les infiltrations.
Or, le 3 juillet 2026, la conseillère départementale Chantal Barthélémy-Ruiz alertait sur des ascenseurs immobilisés, des infiltrations, des moisissures et la présence de rats. Selon les témoignages qu’elle rapportait, des personnes âgées de 90 ans dépendaient de leurs voisins pour faire leurs courses ou se rendre chez le médecin.
Elle demandait notamment où en étaient les travaux importants annoncés pour début mars 2026.
Rémi Muzeau, président de Hauts-de-Seine Habitat, lui répondait en énumérant des interventions réalisées au cours des deux années précédentes. Il faisait également état d’une trentaine de réclamations écrites, auxquelles le bailleur répondait en moyenne sous 39 jours.
Le 19 octobre, Le Parisien rapporte toutefois de nouvelles plaintes concernant les nuisibles et la dégradation des parties communes. Les locataires se sont organisés au sein d’une association au nom révélateur, « Survivre aux Musiciens », pour défendre leurs intérêts auprès du bailleur et des collectivités.
Pourquoi démolir aussi les immeubles qui devaient être rénovés ?
Lors du conseil municipal du 22 septembre, Joakim Giacomoni a affirmé avoir exigé et obtenu de Hauts-de-Seine Habitat une démolition totale, reconstruction et financement compris.
Il envisage des opérations successives : construire des logements avant de détruire les anciens pour permettre aux habitants d’être relogés sur place. C’est le principe d’une « opération tiroir ».
Mais le projet initial était déjà organisé autour de cette méthode. En décembre 2024, le conseil d’administration du bailleur avait autorisé le dépôt d’un dossier d’intention de démolir 180 logements, notamment avenues Paul-Dukas et César-Franck. Il avait également fixé les modalités de calcul des loyers pour les ménages relogés.
Passer à une démolition intégrale implique de revoir cette organisation. Les 152 logements auparavant destinés à la réhabilitation entreraient à leur tour dans le programme de relogement. Leur conservation avait pourtant été intégrée aux études d’urbanisme, qui prévoyaient de reconstruire principalement le long de l’avenue Audra.
Le maire affirme avoir obtenu le financement de cette nouvelle orientation, mais aucun budget révisé ni programme de relogement formellement adopté par le bailleur n’a été rendu public. Les 180 millions d’euros correspondent au projet précédent.
L’arbitrage mérite une explication technique : qu’est-ce qui justifie aujourd’hui de démolir des immeubles que le bailleur prévoyait encore de rénover en profondeur en 2025 ?
Pour les locataires, la réponse déterminera leur avenir dans le quartier, mais pas les obligations actuelles du propriétaire. Tant que les logements restent occupés, Hauts-de-Seine Habitat demeure responsable des travaux qui lui incombent pour assurer leur décence et leur entretien.
Aux Musiciens, avant les nouveaux immeubles et le futur parc, les habitants réclament des ascenseurs qui fonctionnent, des logements sans infiltrations et la disparition des rats.
Sources consultées
- Ville de ColombesVivre à Colombes, n° 42, avril 2025, pages 8-9
- Hauts-de-Seine HabitatDélibération C213-24 du conseil d'administration du 10 décembre 2024
- Ville de ColombesConseil municipal du 22 septembre 2026, retransmission vidéo
- Écologistes & Socialistes 92Question orale sur la cité des Musiciens à Colombes, 3 juillet 2026
- Le Parisien« On n'est pas des animaux » : à Colombes, les habitants de la cité des Musiciens vivent au milieu des rats et oiseaux morts, 19 octobre 2026
- Boucle Nord de SeineRapport de la commission d'enquête sur le PLUi, avril 2025, pages 298-299